Reine, d'ailleurs, en lisant, à son insu, dominée par la sincérité des émotions, donnait un accent expressif aux mots les plus ordinaires. Quand elle lisait qu'elle avait beaucoup d'estime pour moi, elle relisait deux fois le passage, le mimait de sa bouche charmante, et les mots devenaient des baisers flottants.

Dans un endroit, mademoiselle de Chavanges m'avait écrit qu'elle me tendait la main pour des fiançailles.

Brusquement, madame de Thorvilliers s'interrompit, enleva de son doigt sa bague de femme, et avec une colère fébrile, la jeta loin d'elle. Peu à peu la voix de la lectrice s'élevait, et mon attention haletante me soulevait; un délire contagieux nous rapprochait.

Quand elle eut achevé, je pris dans ma main la main qui n'avait plus d'anneau, je la serrai, et cette audace nous parut si naturelle, qu'aucun des deux ne s'en aperçut.

—Eh bien! pouvez-vous douter me dit-elle, en approchant sa tête de la mienne.

J'avais le souffle de sa bouche sur ma bouche.

—Est-ce que je ne vous aimais pas d'un amour absolu? reprit-elle.

—Oui, balbutiai-je.

—Est-ce qu'un pareil amour n'est pas plus fort que l'abandon, la calomnie? Vous m'auriez trahie, que, moi, je vous aimerais encore. Je vous aurais vraiment sacrifié à cet homme que vous devriez m'aimer encore, n'est-ce pas? n'est-ce pas?

Elle secouait la tête et son défi brisait toute résistance. Ses yeux profonds qui étincelaient comme des diamants noirs, attestaient une sincérité sublime. Tout disparaissait, hors cet amour jeune, loyal, invincible, que je lui avais demandé, qu'elle m'avait donné, et que je n'avais pas pris.