Au bout d'une heure de cette torture, le docteur ouvrit la portière.

—Je pensais vous trouver là, monsieur l'abbé, me dit-il avec la même douceur, mais en me traitant maintenant de prêtre, et non plus d'homme du monde.

Espérait-il ainsi me donner plus de courage? Croyait-il nécessaire de me rappeler que je devais élever ma douleur et l'idéaliser?

—Elle a bien souffert? demandai-je à voix basse.

Je ressemblais à un de ces meurtriers qui ont la curiosité de leur crime et qui retournent au cadavre, pour en mesurer la plaie.

—Non, me répondit le docteur, elle avait presque fini de souffrir quand vous êtes venu. Le cerveau est si vite atteint! Je suis étonné de la lucidité qu'elle a gardée, pendant une partie de votre visite.

La voiture partit; le docteur me reconduisait.

Il me donna en route des explications, que j'écoutai cette fois et que je compris, sur la maladie de la duchesse. Ces détails techniques, douloureux pour tout homme qui les eût reçus à propos d'une femme ardemment aimée, l'étaient doublement pour moi, prêtre, en dénudant une fois de plus la pudeur de mon amour. Je dus apprendre, malgré les précautions du récit, que cette grossesse tardive avait rendu plus difficile la délivrance. Depuis plusieurs mois, Reine était malade. Le docteur avait redouté qu'elle ne pût atteindre le terme ordinaire; elle l'avait devancé d'un mois. Pendant deux ou trois jours on avait espéré le salut; puis une péritonite était survenue, que les médecins les plus exercés, réunis en consultation, n'avaient pu conjurer.

Le docteur essayait de lasser ma douleur par les détails mêmes.

Quand je fus arrivé à ma porte: