J'eus une brusque palpitation. Je me penchai et regardai de côté le jeune homme qui parlait ainsi.

Je crois que si j'avais surpris dans son air, la moindre marque d'une admiration frivole, galante, impertinente, je l'aurais détourné, par une intervention quelconque. Mais il y avait dans les yeux de ce jeune Français une surprise si pieuse; il saluait si bien, sans qu'elle l'eût aperçu, cette vision qui passait; il la suivit d'un regret si visible, si touchant, qu'au lieu d'être irrité et jaloux, je fus attendri.

Je restai à ma place et j'écoutai. Après un silence, le même jeune homme dit à son ami:

—Toi qui habites Rome depuis deux ans, sais-tu son nom?

—C'est mademoiselle de Thorvilliers.

—Ah!… c'est là le duc?

Il y eut un accent de dédain craintif, de peur involontaire, dans ces paroles.

Bon jeune homme! J'aurais voulu lui serrer la main, le remercier de ce qu'il paraissait avoir des raisons de ne pas estimer le duc!

J'appris, en écoutant, que l'interlocuteur de ce sympathique jeune homme était secrétaire d'une des deux ambassades françaises, et que c'était à ce titre qu'il avait vu le duc de Thorvilliers, soit au palais Farnèse, soit au palais Colonna. Quant au jeune homme lui-même, il était arrivé le matin de Florence. Il connaissait le scandale de la liaison du duc avec la Buondelmonti, et après avoir renseigné, sur ce point, son ami, il ajouta avec animation:

—J'espère bien que le duc ne promènera pas aux Cascine sa maîtresse avec cette belle enfant.