—Qu'est-ce que cela te fait? répliqua l'autre.
—Cela m'offense dans mes idées de pudeur et de fierté.
—Te voilà bien, mon poète!
—Poète si tu veux! Je ne connais pas cette jeune fille; je la vois pour la première fois. Je jurerais qu'elle a l'âme aussi belle, aussi pure que son visage, et je sais que son père est un vieux mauvais sujet. Voilà pourquoi je me révolte d'avance à la pensée que la Buondelmonti peut vouloir servir de chaperon à cette enfant… Elle semble toute jeune… Viens la voir encore.
Et riant d'un bon rire qui résonna dans mon cœur, il entraîna son ami.
Je les suivis. J'étais curieux de connaître ce jeune homme que l'autre traitait de poète et qui devinait si bien ma fille!
Poète! j'avais cru l'être aussi, à l'âge de ce jeune inconnu, dans mes années d'innocence, d'amour pur, de premier élan! Ma poésie ne m'avait pas préservé d'un grossier prestige de mes sens. J'avais commencé à admirer Reine de Chavanges de la même façon que ce jeune homme admirait Louise. Mais s'il était digne d'elle, je me jurai bien qu'il ne se tromperait pas comme moi, aux apparences et que, dût-il voir cet ange assis un jour à côté de la Buondelmonti, il n'en conclurait pas la possibilité d'une atteinte à l'innocence de ma fille.
Mais, ne pouvait-il pas empêcher ce rapprochement, ce sacrilège?
Je m'informerais: je saurais quel était ce jeune Français.
Qu'on ne s'étonne pas de cette promptitude de ma part à adopter ce beau premier venu. Le captif accueille toutes les chances d'évasion, et j'étais captif, dans le désert de ma vie, avec le bonheur de mon enfant, entrevu comme une terre promise…