Je suivis ces deux jeunes gens. Ils eurent bientôt rejoint la voiture du duc qui s'avançait à son rang dans la foule. Je vis l'inconnu contempler Louise, aspirer pour ainsi dire cette lumière souriante qui se dégageait du visage de mon enfant.

Quand, arrivée à la place du Peuple, la voiture prit un trot rapide et s'éloigna, le jeune contemplateur resta un instant immobile, puis se décida à prendre le bras de son ami pour s'y appuyer. Son cœur alourdi lui donnait un peu de lassitude.

Je l'entendis qui disait:

—Oui, elle est bien belle! Elle est bien pure! Heureux celui qui en sera aimé!

—Tâche que ce soit toi.

—Heureux celui qui l'aimera! continua-t-il avec un soupir et sans répondre à son ami, oui, bien heureux, même s'il doit souffrir et mourir de n'être point aimé!

Je portai vivement mes mains à mes yeux pour retenir des larmes, et pour m'empêcher de saisir ce jeune homme, de l'obliger à se retourner, de l'embrasser, de lui dire:

—Vous avez raison. Ce serait un grand bonheur d'être aimé d'elle. C'en est un d'être torturé de l'amour qu'on a pour elle.

Je le bénis de toute mon âme, je le suivis encore et je sus où il demeurait, me réservant d'apprendre son nom, par cette police officieuse et irrégulière qu'on trouve à sa disposition, dans tous les coins des grandes villes d'Italie.

Le lendemain, les jours suivants, je retrouvai le même inconnu à la même place, guettant la même vision.