—Eh bien, mademoiselle de Thorvilliers est demoiselle d'honneur. Je l'ai appris hier seulement, en allant féliciter Georges. Il m'a annoncé cela, sans paraître y attacher d'importance, négligemment, mais avec une intention de vanité. Songez donc! la fille d'un duc au mariage d'une fille de financier! Comme je lui pardonne ce mouvement d'orgueil! Le duc s'est excusé de ne pouvoir assister à la cérémonie; mais il a accordé à madame Sommer, qui est venue le lui demander, l'honneur qu'on attendait des souvenirs de pension… Pensez donc! la fille d'un agent de change pour un spéculateur! La cérémonie est pour aujourd'hui, midi… Venez!

—Il n'est que dix heures! répondis-je en souriant à ce bel enthousiaste.

—C'est vrai; mais il y aura beaucoup de monde. Il faut être bien placé pour la voir, et puis, si nous trouvons le temps long, nous prierons en attendant.

Il disait cela, en riant, les yeux étincelants de piété.

—Oui, nous prierons! lui répondis-je, attendri de ce qu'il disait et de ce qu'il présageait.

Je partageais son délire, mais avec une méfiance secrète du réveil.

Il faut bien que je l'avoue. Le prêtre, qui ne s'est jamais suicidé en moi, profite de toutes les occasions de revivre librement. Par un accord qui choquerait sans doute des consciences dévotes et qu'elles flétriraient comme une profanation, mais qui me semble sans impiété, j'associe, en toute circonstance délicate, ma paternité humaine à ma paternité spirituelle.

Il me semblait tout naturel de bénir ma fille dans une église, et si Dieu ne m'y foudroyait pas, à ce moment d'extase, c'est qu'il faisait descendre son pardon sur le prêtre devenu père.

Je me flagellerai de ma faute, tant que je vivrai; mais je ne puis répudier comme une honte cette innocence que j'ai donnée au monde.

Jules de Soulaignes acheva de m'enivrer par avance en me disant: