—C'est à la Madeleine que j'espère me marier. Mon oncle, je le sais, tient à son église… La voir là, par avance, agenouillée devant l'autel où je la conduirai, quel rêve!

Oui, c'était un rêve trop beau. Il frappait ses mains l'une contre l'autre, les joignait, les faisait craquer; il marchait dans mon cabinet, transporté, fou! Il n'y tenait plus. Moi, j'avais de la peine à me contenir.

J'entendais dans les oreilles, dans mon cœur, les orgues de l'église, et je m'apprêtai à partir, comme pour une répétition du mariage de mon enfant.

Tout ce que je pus obtenir de Jules et de moi, ce fut d'aller à pied, jusqu'à la Madeleine, pour fatiguer notre force et n'être point trop en avance. Nous fûmes encore obligés d'attendre près d'une grande heure.

Nous attendîmes dans un recueillement et un tremblement égal, sans nous communiquer aucune pensée. J'avais sur les lèvres toutes sortes de formules de prière; j'en cherchais d'autres qui ne m'eussent pas servi, dans mes fonctions ecclésiastiques.

J'avais prêché autrefois à la Madeleine; je voyais la chaire béante qui m'invitait à y monter, à y porter, comme aux premiers temps chrétiens, ma confession publique, à attester ceux qui m'écouteraient que, si j'avais été coupable, je n'avais peut-être pas démérité de bénir ma fille.

Pourquoi racontai-je ces vertiges de mon cœur et de ma foi!

Hélas! quand je pense que c'est précisément à la Madeleine que l'horrible et sacrilège parodie de mariage doit s'accomplir, je me dis que rien n'aura manqué, comme ironie, à l'atrocité de mon supplice. Pauvre Jules de Soulaignes! Est-il retourné depuis ce jour-là à l'église? Oserait-il y retourner avec moi?

La Madeleine s'était peu à peu emplie d'un monde bruyant, jaseur, curieux, élégant, qui, comme nous, attendait.

Quand les bruits du dehors, les avertissements de la hallebarde du suisse, le chant triomphal de l'orgue nous avertirent de l'entrée du cortège, je craignis tout à coup que, revenant sur sa décision, le duc ne fût venu, par un instinct de méfiance, pour garder ma fille, jusque dans la maison de Dieu, qui avait été ma maison, et dont il ne m'avait peut-être pas suffisamment chassé, ou bien qu'il eût défendu à Louise de venir.