Mais non, c'était surtout là qu'il m'eût défié de la lui prendre, et c'était surtout là qu'il me menaçait encore et qu'il ne me craignait pas, moi, le prêtre interdit.

On sait ce que sont ces grandes cérémonies.

Nous nous étions placés très en avant, mais de côté, sur la ligne même où devaient s'agenouiller les demoiselles d'honneur, non loin de la place que Louise occuperait.

Nous la cherchâmes des yeux. Il ne la vit pas avant moi, j'en suis sûr. Mais je le sentis qui me serrait fortement la main, quand je cherchais la sienne. Nous échangeâmes un regard qui nous fortifiait encore, et nous n'eûmes pas un mot à nous dire.

Mon Dieu, qu'elle était belle et jolie! C'était une fête pour elle, une délivrance, une fête qui ne troublait pas sa candeur, mais qui soulageait son âme, comprimée par la solitude.

Il serait puéril, il serait surtout sacrilège à moi de la décrire. Sais-je seulement comme elle était mise! Je ne sais qu'une chose: elle était un chef-d'œuvre de maintien, de toilette, et dans sa parure de jeune fille du grand monde, un chef-d'œuvre d'ingénuité et de grâce. Je retrouvais l'écolière, la communiante, la petite sainte, ma fille. La tutelle du duc de Thorvilliers ne lui avait rien appris, ou plutôt n'avait rien gâté de ce qu'elle ignorait.

En s'avançant, elle promenait un long regard autour d'elle, par ce besoin des cœurs religieux de prendre immédiatement possession de tous les sanctuaires où leur piété va s'épanouir.

Elle donnait le bras à un jeune homme quelconque; elle était vêtue de blanc, je m'en souviens, comme la mariée. Je lui vis, moi, une couronne d'étoiles sur la tête, et Jules de Soulaignes, sans doute, lui vit une couronne de fleurs d'oranger…

Nous n'avions, ni l'un ni l'autre, songé à un incident des messes de mariage qui nous fît frissonner d'une épouvante joyeuse, quand nous vîmes Louise quitter sa place, prendre des mains du suisse une bourse de velours et s'apprêter à quêter.

Elle allait venir à nous; elle allait nous voir tous les deux ensemble!