Elle me tendit la main qui tenait aussi un bouquet.

Elle ne regardait pas Jules, mais elle savait bien qu'il était à côté de moi, qu'il la dévorait de son adoration.

Je pris la main de ma fille et, brusquement, je la portai à mes lèvres. Le bouquet imprudemment secoué tomba devant nous. Jules se baissa vivement pour le ramasser. Louise le reprit avec un beau sourire qui était plus qu'un remerciement, et descendit radieuse le grand escalier.

Quand la foule nous permit, à notre tour, de descendre, nous pleurions, mais avec une joie triomphale dans le cœur.

Je m'aperçus que mon jeune ami avait gardé une fleur du bouquet. L'avait-il ramassée? l'avait-il arrachée? J'eus l'héroïsme de ne pas la lui disputer; c'était mon devoir paternel.

La fleur n'était pas une rose. Elle ne porterait pas malheur à Jules de
Soulaignes, comme les roses que j'avais ramassées dans le jardin de
Chavanges.

XXIV

Ce que fut pour nous la fin de cette journée ensoleillée dès le matin, on le devine. J'ai hâte d'arriver au réveil.

Jules de Soulaignes me reconduisit à pied, jusque chez moi; nous avions besoin de fatigue. Il était reconnaissant autant qu'il était heureux; il me remerciait à m'épouvanter de sa reconnaissance, et pour tant il ne savait pas toute sa dette.

Nous fîmes encore bien des projets; nous fixâmes ceux qui étaient faits depuis longtemps. Le rêve était à notre portée, le mariage d'où nous venions, était un prélude, un accord des harpes, dans le ciel, avant l'union que le ciel allait bénir.