Il paraît même que l'offrande destinée à grossir le denier de Saint-Pierre avait été surprise au passage; tant la presse maintenant est bien renseignée par la main gauche sur les actes de bienfaisance, même anonymes, de la main droite.

L'église de la Madeleine était donc emplie de monde, une heure avant la cérémonie. On eût dit que le marché aux fleurs se tenait dans l'église, tant on avait multiplié les ornements naturels. Le ciel s'était mis de la fête, comme s'il se fût agi d'une bonne action. Mais pouvait-il refuser le don gratuit du soleil à de si belles livrées, quand Mgr de X… devait officier, et quand le grand baryton Z… devait chanter?

Les agents de police clandestins que le préfet, sur le conseil de M. Barbier, avait répandus dans la foule, pour aviser, en cas de violence, étaient, eux-mêmes, fort bien mis. On ne les eût pu distinguer des invités. Quant aux sergents de ville, ils étaient triés, et un officier de paix gardait le trottoir, avec autant de solennité que le suisse, en tenue de maréchal de France, mais avec plus de mollets, qui gardait la porte d'entrée.

Vers midi, les voitures de la noce s'arrêtèrent devant la grille. On n'eût pas osé dire que les cochers du prince et ceux du duc voulaient jeter de la poudre aux yeux; car la poudre de leur coiffure, épaisse et savante, était soigneusement maintenue par la raideur de leur attitude.

Quelques spectateurs du high-life trouvaient bien que l'apparat était excessif, et prétendaient qu'il est de meilleur ton d'aller plus simplement rendre visite au bon Dieu. Il faut laisser aux bourgeois qui se marient la vanité de s'endimancher.

Mais ces railleurs incrédules n'avaient pas le souci des traditions. Ils ignoraient que le prince de Lévigny était obligé à cette étiquette, par ses alliances au Vatican. D'ailleurs, il avait de la foi. C'était la seule monnaie de ses héritages qu'il n'eût pas gaspillée.

Le suisse eut un sourire radieux, en frappant les dalles du péristyle. Les grandes portes de bronze, à demi fermées par une feinte courtoisie, pour avoir l'air de s'ouvrir d'elles-mêmes à l'entrée d'une si illustre compagnie, tournèrent doucement sur leurs gonds, et une bouffée d'harmonie s'exhala de l'église dans laquelle entrait un flot de lumière.

Le sous-secrétaire d'État à la justice avait eu beaucoup de peine à vaincre la tentation de venir, en curieux, assister à ce solennel attentat; mais il s'était donné la satisfaction de passer, à plusieurs reprises, devant la Madeleine, et il passait précisément, quand les acteurs de ce drame descendaient de voiture. Il put ainsi constater que la Buondelmonti ne figurait, ni comme matrone ni comme vestale, dans le cortège, C'était, de sa part, une humiliation offerte ou subie, un sacrifice à la bégueulerie parisienne qu'elle ferait sans doute payer.

Les dames d'ailleurs étaient rares dans le monde de la noce. Deux vieilles parentes du prince de Lévigny, deux chanoinesses, avec des panaches et des chapeaux qui ne condescendaient à aucun caprice de la mode, et, du côté du duc de Thorvilliers, deux jeunes filles du faubourg Saint-Germain avec leurs mères. C'était tout.

Ces demoiselles d'honneur étaient, comme l'évêque in partibus, comme les chanteurs de l'Opéra, un luxe obligé. Elles s'étaient improvisées les amies de Louise de Thorvilliers depuis quinze jours, depuis qu'on les avait invitées. L'occasion était si belle! Il était impossible qu'un mariage si aristocratique ne leur portât pas bonheur. Elles étaient décidées à fouiller et à taquiner le hasard. Jolies, vives, bien parées, plus agitées qu'émues, elles saluaient tout le monde, comme des souveraines saluent leurs sujets, se disant sans doute qu'un prince, au moins, dans ce peuple, recueillerait comme un gage ce salut coquet, et viendrait le leur rapporter en demandant leur main.