Le duc de Thorvilliers était admirable d'apparence, de prestance. Gaston triomphait. L'opération avait réussi.
Il tirait de ce mariage, pour le présent, tout ce qu'il pouvait espérer d'avantages solides et de satisfactions vaniteuses. Le reste lui était bien égal.
Un sourire profond trouait ses belles joues prélatiques. Il riait à l'avenir et narguait le passé.
L'avenir, c'était sa fortune affermie, sa liberté assurée. Il se débarrassait, à d'excellentes conditions, de sa paternité menteuse, et peut-être bien aussi de la maîtresse encombrante qu'il avait été forcé de prendre pour associée.
Le passé, c'était le souci d'une fille à caser avantageusement. La pauvre enfant, s'il ne la plaignait pas, il l'aimait presque, à ce moment-là, tant elle était belle, tant elle lui faisait honneur, tant elle était une valeur précieuse et admirée. Il oubliait qu'il achevait une œuvre de haine, et c'était avec une galanterie quasi-paternelle, mais surtout d'homme du monde, qu'il lui donnait le bras, ayant des précautions charmantes pour le long voile de mariée, qu'un petit coup de vent faillit accrocher à ses décorations, quand il stationna une seconde, au haut des marches, en attendant que le cortège se réunit.
En entrant, le duc se découvrit, comme devant le Roy, et, lançant un regard au plafond, où il était certain de ne rencontrer que de la dorure, il prit possession du temple de sa Victoire.
En se dégonflant, sa poitrine se débarrassait des miasmes absorbés pendant la cérémonie du mariage civil.
Devant le magistrat de la République, les titres de duc et de prince avaient mal sonné, comme l'or sur un comptoir de marchand; mais dans ce bel édifice, tout de marbre, le son avait sa valeur.
On sentait tout juste assez de religion dans l'air et dans le décor, pour que Dieu apparût, comme un convive de bon ton, en costume de patricien, à des noces de Cana, mises en scène par Véronèse, et le décor ainsi que la cérémonie étaient assez profanes pour qu'on ne courût pas le risque de s'encanailler trop, en se faisant paternellement dévot pendant une heure.
Louise s'avançait doucement, la tête droite, les yeux droits devant elle.