—Monseigneur, dit-il en se tournant vers l'évêque, je vous adjure de bénir ces enfants.

—Et moi, j'adjure Votre Grandeur, reprit l'abbé d'Altenbourg, de surseoir jusqu'à ce qu'elle m'ait entendu.

L'évêque faisait voleter son regard du duc à l'abbé d'Altenbourg, sans le poser ni sur celui-ci, ni sur celui-là. Le duc l'intimidait; mais le célèbre abbé, le grand prédicateur, silencieux depuis vingt ans, et retrouvant la parole pour un éclat qui retentirait longtemps, le troublait profondément.

—Est-ce que nous n'avons plus qu'à nous retirer? gronda Gaston de
Thorvilliers.

Harcelé par son dépit, voulant à tout prix reprendre l'avantage, il ajouta:

—Nous nous passerons de l'église; ma fille est princesse de Lévigny, de par la loi.

—C'est vrai! reprit Louis d'Altenbourg, qui voyait faiblir son ennemi, et qui palpita d'un enthousiasme, plus paternel que chrétien. C'est vrai! Vous avez trompé les hommes; vous ne tromperez pas Dieu! Ce mariage qui ne sera pas béni par l'Église, sera la honte du mari, et un avertissement du ciel pour la femme chrétienne.

Louise était restée debout, pétrifiée en apparence, mais palpitant au dedans, elle-même, ne laissant rien voir de son agitation, assistant à ce duel entre deux hommes qui tenaient, l'un son âme, l'autre sa destinée; redoutant d'obéir à son père, et souhaitant, avec un élan filial, d'obéir à ce maître transfiguré, à ce prêtre inattendu qui se révélait, sans qu'elle se rendit compte de cette métamorphose.

—Vous prêchez la désobéissance à ma fille! reprit le duc affolé.

—A votre fille! répliqua l'abbé dont les lèvres se gonflèrent; puis il continua: