—Je défends l'innocence de cette enfant et votre honneur, monsieur le duc.
—Mon honneur!… vous, qui ne vivez que pour me déshonorer!
L'évêque, qui n'avait plus de rôle, se leva pour intervenir. Cet esclandre avait trop duré. On écoutait avec une avidité cruelle qui forçait au silence.
—J'ai les preuves de ce que je dis, s'écria l'abbé avec une autorité qui s'imposait; ce n'est pas ici le lieu de les produire; mais je les montrerai à qui voudra les voir.
Un petit cri se fit entendre. Le prince de Lévigny, à bout de forces et de traitement, s'évanouissait: il se coucha sur le bras de son fauteuil.
Louise, à ce cri, se détourna de sa contemplation. Elle regarda cet homme foudroyé par la malédiction de son maître, et, pour mieux voir, elle leva son voile. Alors, elle apparut dans toute sa beauté, dans toute la splendeur de sa jeunesse, de sa douleur, de son angoisse. Une lumière s'alluma dans ses yeux; une horreur visible s'y peignit. Elle devinait ce qu'elle avait pressenti; c'est que cet homme était infâme; peu lui importait de savoir pour quelle cause. La répugnance de son instinct virginal était justifiée. Il avouait tout, en s'anéantissant sous l'anathème. Il devenait hideux, avec sa lividité sous son rouge. Sa boue transsudait.
Louise se redressa et se recula, fuyant le contact de l'air même qui passait entre elle et lui.
Le suisse, le bedeau ramassaient le prince, plié sur son fauteuil, et l'emportaient vers la sacristie. Le duc les suivit, cédant autant à l'impatience de se soustraire aux regards de la foule qu'à sa sollicitude pour son gendre.
Les assistants s'agitaient dans un tumulte qu'on ne pouvait réprimer.
L'évêque de X… se retira processionnellement, avec le diacre qui portait sa mitre et celui qui portait son bougeoir.