Louise, abandonnée, était restée à sa place. Les deux demoiselles d'honneur s'avancèrent pour la conduire à la sacristie, mais n'osèrent pas lui parler, la déranger. Elle s'était remise à genoux, et, les mains jointes, le regard attaché sur l'abbé d'Altenbourg, elle l'interrogeait des yeux, avec une supplication désespérée. Elle le remerciait aussi d'être venu. Elle semblait lui demander de ne pas la quitter.
Le duc l'avait oubliée dans ce désarroi dramatique.
L'abbé, avec une dignité farouche, jouissant en justicier de ce coup de foudre qu'il n'avait pas vainement invoqué, s'était reculé d'abord jusqu'à l'autel, laissant passer ceux qui fuyaient. Il se trouva bientôt seul avec Louise. Pendant que les gens de la noce, tournés vers la sacristie, se pressant, dérangeant les chaises, cherchaient à deviner ce qui se passait ailleurs, l'abbé s'avança vers la jeune fille, souriant, à mesure qu'il s'approchait, l'enveloppant, la couronnant de son sourire.
—Mon père! murmura Louise, quand il fut à deux pas, expliquez-moi ce qui se passe.
L'abbé leva les doigts pour s'apprêter à bénir, et les arrêta un instant sur sa bouche, en commandant le silence.
—Ma fille! répondit-il, en mettant toute sa tendresse dans ces mots qu'il donnait tout haut, pour la première fois à Louise, la remerciant ainsi de ce qu'elle l'avait appelé: mon père!—Ma fille, ne cherchez pas à comprendre, et remerciez Dieu qui m'exauce.
—Je n'ai que vous d'ami dans ce monde! reprit-elle d'une voix tremblante.
—Il est vrai que je vous aime bien, ma fille, répondit le prêtre, rougissant de cet aveu qui le consolait de sa vie de supplice.
—Ne m'abandonnez pas, ajouta-t-elle doucement, en retenant ses larmes.
—Je me suis rapproché de Dieu, pour veiller de plus haut sur vous, répondit l'abbé.