—Quel fou!
—Ah! si tu me calomnies auprès de mon ami, dit Gaston en plantant les roses dans sa boutonnière, je me fâcherai!
Puis, se souvenant qu'il ne m'avait pas présenté, il répara son oubli, et gracieusement, avec une sorte de solennité, jouée et enjouée:
—Madame la marquise, je vous présente M. Louis d'Altenbourg, le pupille de mon père. Mademoiselle Reine de Chavanges, je vous présente mon frère, votre futur beau-frère.
Je m'inclinai. Mademoiselle de Chavanges, tout en me faisant la révérence, dit à Gaston, d'un air plus sérieux et d'un ton plus net:
—Mon cher, tu en veux trop pour ton argent. Moi, ta femme! j'aimerais mieux vendre des roses, pour deux sous, dans Paris.
Gaston était, après tout, un jeune homme du monde. Il n'était sot que par une sorte de débraillé de son esprit. Il comprit que la plaisanterie avait assez duré. D'un geste vague il indiqua qu'il n'insistait plus et que la taquinerie était remise à une autre rencontre.
Pendant ce temps-là, la marquise me disait avec une nuance de mélancolie, un peu banale:
—J'ai beaucoup connu votre père. C'était un homme charmant! Vous lui ressemblez…
Le compliment, dans un autre moment, m'eût choqué. Par quel éveil de fatuité honteuse et sournoise me donna-t-il de l'orgueil?