Je crus que mademoiselle Reine, redevenant sérieuse, me regardait cependant avec indulgence.

La marquise ajouta en continuant de me regarder:

—Oui, oui, vous ressemblez fort à votre père. Je n'ai pas connu votre mère.

Elle prit sa petite-fille à témoin:

Reinette, voilà un orphelin comme toi; mais il n'a pas, comme toi, une grand'maman qui vit par miracle, pour l'aimer, et pour ne pas le laisser seul.

Elle joua l'attendrissement; c'est-à-dire qu'elle fit claquer ses lèvres comme pour avaler un soupir, et que sa voix avait eu un trémolo discret.

Reine ouvrit tout grands ses yeux noirs, et m'enveloppa d'un regard profond, curieux, sans émotion apparente.

Je me sentis brûlé par ce regard froid au dehors.

Cette conversation courte, subitement tournée au grave, me paraissait aussi étrange que quand elle était gaie. On avait plaisanté avec étourderie sur les fiançailles enfantines de Gaston et de mademoiselle Reine. Voilà que tout à coup, à première vue, la marquise de Chavanges avait l'air de vouloir me fiancer à sa petite-fille, moi qu'elle n'avait jamais vu, qui passais!

J'avais le cœur gonflé. Mademoiselle Reine me regardait toujours. Elle avait pris une rose et, machinalement, par la tige, la faisait tourner entre ses doigts. Si elle me l'avait offerte, j'aurais cru qu'elle m'acceptait pour mari.