—Il doit bien vous ennuyer, miss Sharp, car vous ne l'aimez guère.
—Oh! oh! dit l'Anglaise scandalisée.
Reine était revenue à son prochain voyage:
—Nous passerons le reste de l'hiver, le printemps, peut-être l'été, en
Italie. Quand reviendrai-je?
Avec une ingénuité qui débordait sa piété filiale, elle ne disait plus nous, en pensant au retour. Son instinct violent de franchise, qu'elle pouvait combattre dans certains cas et réduire à une certaine réserve, mais non soumettre, lui suggérait que pour être libre de revenir, il fallait peut-être qu'elle fût tout à fait orpheline.
Sa voix était devenue lente, en proférant ces dernières paroles. Elle eut un soupir, et, avec une tendresse qui ne m'était jamais apparue, joignant ses deux jolies mains sur le dossier du fauteuil, dans une sorte de geste de prière, elle murmura:
—Oh! ma chère grand'maman! quand je l'embrasse, j'espère toujours lui insuffler la vie ou lui prendre un peu de sa vieillesse!
Ses yeux bleus se voilèrent et restèrent quelques minutes baissés pour cacher une larme, puis, les relevant et les ranimant:
—Monsieur d'Altenbourg, vous qui êtes poète, vous devriez mettre en vers le rêve que j'ai fait.
Je la regardai avec un frisson. Cette capricieuse allait-elle se moquer de moi, reprendre l'avantage compromis par son accès de sensibilité? Ou bien, cette indulgence pour la poésie que miss Sharp m'avait annoncée était-elle venue déjà, si vite?