—Si je ne vous renvoie pas, vous vous en irez par condescendance, parce que vous me gêneriez.
Je me serrai un peu contre elle:
—Pourquoi?
Elle se tourna vers moi. Ses yeux parurent se troubler; elle me dit lentement, presque confuse de ce qu'elle avait entrepris de dire:
—Parce que celui auquel je laisserais deviner que je l'aime ne recevra de moi, tout haut, cet aveu que le jour de notre mariage.
—Ah! si je devinais jamais cet aveu! dis-je en portant sa main à mes lèvres et en la couvrant de baisers.
Sa main frémit dans la mienne mais se détendit, et les doigts s'allongèrent sous la caresse. Reine était un peu pressée contre moi; je crus qu'elle s'appuyait; je l'enlaçai pour la soutenir. Le vertige du sacrilège m'affolait. Je penchai mon visage sur le sien qui se renversait. Ses yeux qui s'étaient fermés avec langueur, palpitèrent, se rouvrirent, flamboyèrent. Elle se redressa, se dégagea, et, debout, à deux pas, indignée contre elle autant que contre moi, elle me dit, les dents serrées:
—Vous feriez bien de partir tout de suite.
J'allais protester, m'excuser. Elle m'interrompit d'un geste énergique:
—Non, non, pas un mot, je vous en conjure! C'est ma faute encore plus que la vôtre.