—Tant que cela?
—Oui, tant que cela. Cela prouve au moins l'importance que vous avez dans mon esprit, et c'est pour vous punir. Prenez garde qu'à l'échéance je ne vous demande un mois!
Je me soumis de bonne grâce. Les jours suivants, elle me parla davantage, elle parla moins à Gaston.
J'étais ravi. Mais Gaston n'était pas homme à laisser diminuer la petite importance qu'il avait prise pendant huit jours. Je crus m'apercevoir qu'il se révoltait; qu'il insistait à toute occasion; qu'il menaçait même.
Trois jours après ce renouvellement du pacte, entre Reine et moi, un matin, avant le déjeuner, Gaston entra dans ma chambre, gai, moqueur comme d'habitude, le cigare à la bouche, une rose à la boutonnière; mais sa gaieté, à certains moments, vibrait; ses yeux avaient des reflets d'acier qui en changeaient la couleur.
Il ne me dit pas bonjour; s'assit familièrement sur le bras d'un grand fauteuil, huma par trois fois son cigare, et me dit brusquement:
—Est-ce que c'est toi qui défends à Reine d'être avec moi comme par le passé?
Mon cœur tressauta; j'étais surpris et, dans le premier moment, plus fier qu'alarmé de cette plainte, qui me reconnaissait des avantages.
—Tu es fou, lui dis-je avec bonté.
—Ne t'évade pas. Réponds nettement.