L'idée de miss Sharp le remit en gaieté. Il me lâcha le poignet et se laissant tomber dans le fauteuil:
—Sais-tu qu'elle est jolie miss Sharp, délicate, blonde. Ah! les blondes, voilà ton affaire. Laisse-moi les brunes!
Son rire, devenu gros, secouait sa poitrine. J'avais repris un peu de sang-froid. Je devinais confusément que ma colère était une maladresse. J'aurais dû me mettre au ton de ses railleries. Je l'avais blessé; il me garderait rancune.
J'essayai de regagner un peu du terrain perdu. Je voulus le flatter.
—Mon cher Gaston, je ne te mettrai jamais au défi d'être plus aimable que moi; tu n'as pas de preuves à me donner de ta supériorité. Ne luttons pas. Je ne t'ai fait tort auprès de personne; ne me fais pas plus de tort que ma gaucherie ne m'en donne. Quant à miss Sharp, je l'estime…
—Tu dis cela bien froidement. Tu m'en as parlé avec plus de chaleur!
—C'est possible.
—Je sais qu'elle te trouve poli, aimable.
—Eh bien, je veux qu'elle garde cette bonne opinion de moi.
—A ton aise! Pourtant, avec elle, ton vœu de chasteté eût été plus facile, moins gênant.