Dans une chapelle devant laquelle je m'étais agenouillée, quelques petits cierges se consumaient et faisaient de leur mieux pour enfumer un magnifique tableau qui était au-dessus, et auquel on attribuait une vertu miraculeuse. Je remarquai un des cierges, celui qui touchait à sa fin, et je me dis: S'il s'éteint avant que ma prière soit dite, c'est que Dieu me permet de me tuer. Je ne trichai pas, je dis loyalement les prières que j'avais l'habitude de dire; mais avant que la dernière fût terminée, il se fit un vide dans les étoiles de la chapelle, et un petit filet de fumée, plus opaque que les autres, monta entre les blancs cierges. C'était ma réponse. Je crus voir mon âme s'exhaler et se perdre dans le sein de Dieu. Mon parti était irrévocablement pris; je n'avais plus ni à hésiter, ni à reculer, ni à m'effrayer. Le bon Dieu était pour moi.

Croisant donc ma mante avec une résolution énergique, je sortis de l'église et je continuai ma route, le cœur entièrement allégé, aspirant l'air avec force, et marchant à la mort comme à la réalisation de mes plus beaux rêves.

Le Mançanarez n'a pas des bords engageants. Cette nuit-là, la lune, éclairant comme un soleil anglais, me montrait toute l'aridité du rivage, et je voyais distinctement, au fond du fleuve, les gros cailloux sur lesquels se briserait ma tête. Je me promenai quelque temps, cherchant un endroit un peu moins à sec, et attendant qu'un nuage voilât la lune dont l'opiniâtre espionnage me gênait beaucoup. Enfin, je parvins à un endroit où un petit murmure annonçait de l'eau, et me tenant debout au bord du fleuve, rejetant ma mante, les bras croisés, j'attendis le signal que devait me donner l'obscurité. Au moment où, profitant d'une légère éclipse, j'allais m'élancer, je me sentis retenue par le bras. Je me retournai brusquement et me trouvai face à face avec un homme encore jeune qui me regardait avec compassion.

Je n'attendis pas qu'il m'interrogeât:

—De quel droit me retenez-vous? Passez votre chemin, dis-je rudement à l'inconnu.

—Un peu de patience, señorita, me répondit-on avec une voix légèrement railleuse. Je vous laisserai continuer votre... promenade, quand j'en connaîtrai le motif.

—Vous êtes bien curieux?

De quel droit me retenez-vous? dis-je rudement à l'inconnu....

—Non, je suis journaliste, et demain, en annonçant à Madrid le suicide d'une jeune et jolie jeune fille, je devrai, pour l'enseignement de la foule et pour son amusement, expliquer les raisons, donner la généalogie de la victime. Veuillez m'excuser, señorita, je suis l'esclave des faits divers.