—C'est évident, répéta M. Gottlieb.
—Et les âmes de ceux qu'on a tourmentés, torturés, ne reviennent-elles pas aussi se plaindre et tourmenter leurs bourreaux?
—Oui, oui, balbutia M. Gottlieb qui regarda la grosse horloge et qui s'aperçut qu'il était bientôt minuit.
—Si nous le voulions tous les trois fermement, continua Wolff, qui s'amusait beaucoup de son expérience, nous pourrions évoquer, par la puissance de notre volonté, la personne que nous aimons ou que nous haïssons le plus.
—Moi, je ne hais personne, dit M. Gottlieb, qui chercha du regard son chapeau et sa canne.
—Ni moi non plus, dit M. Arnold.
—Mais vous aimez, peut-être? dit Wolff en souriant et en regardant l'ancien joaillier avec un petit air d'interrogation sardonique.
M. Gottlieb, qui était assez pâle, rougit beaucoup et retomba sur son siége.
—Pourquoi m'interrogez-vous? demanda-t-il.
—Allons, mon cher monsieur Gottlieb, invoquez, évoquez le fantôme de l'objet aimé; moi je vais en faire autant, pour ma part, en conscience.