—Sincèrement, vous me le conseillez, mon ami? demanda la jeune fille dont la voix se raffermissait.

—Sincèrement je vous le conseille. Si Dieu permet ce sacrifice, vous devez immoler au bonheur, au repos de votre père, votre repos, votre bonheur. Je ferais cela pour mon père, vous devez le faire pour le vôtre.

—Merci, dit avec émotion Gertrude en lui serrant la main: vous avez répondu comme je le voulais; vous n'avez pas trompé mon amitié.

Wolff était au supplice; chaque parole rapprochait de lui l'âme de Gertrude.

—Vous en mourrez, mademoiselle.

—Je le sais bien, dit-elle avec un triste et religieux sourire; mais il n'y a pas autre chose à faire, n'est-ce pas?

Wolff hésita; il sentit un aveu frissonner sur ses lèvres; mais il eut honte du bonheur qu'il pouvait réclamer; puisque Gertrude devinait la mort et lui souriait, pourquoi aurait-il refusé sa part du calice?

—Il n'y a pas autre chose à tenter, Gertrude, je vous le répète, M. Gottlieb est inflexible. Votre père, qui vous aime, n'essayera pas de vous contraindre; mais la misère à son âge, mais le chagrin de quitter cette maison le tueraient; le devoir de le sauver est un devoir absolu.

—Je vous estime plus que je ne puis dire, monsieur Wolff, dit Gertrude avec un commencement d'exaltation. Vous faites bien de parler de devoir; c'est le mot des grands cœurs. O ma mère! ajouta-t-elle en soupirant, quel bonheur que vous ayez fait de moi une chrétienne; je puis et je sais me dévouer. Mais pourvu que j'en meure, mon ami!

Wolff garda le silence; s'il eût parlé, il eût peut-être fait le même vœu.