—Merci, Gertrude, merci de me laisser partir, merci surtout de vouloir que je parte.

Il embrassa dans un regard rapide le doux tableau qu'il voyait pour la dernière fois: Gertrude assise et éclairée par la lampe, cette table où si souvent il s'était accoudé, cette salle où tous les meubles attestaient les longs soirs passés en famille et les beaux rêves qu'il avait faits tout bas; puis, ouvrant la porte, il regagna sa chambre en s'appuyant au mur. M. Arnold l'attendait au passage.

—Eh bien! mon ami?

—Eh bien! mademoiselle Gertrude consent; elle vous le dira elle-même. Ce mariage ne lui déplaît pas.

—Il ne lui déplaît pas. Pauvre enfant!

Wolff craignit d'être obligé de répondre à d'autres questions; il se hâta de serrer la main à M. Arnold et de rentrer chez lui.

Quand il fut seul, les larmes séchées depuis le matin reparurent plus violentes, plus insensées. Une heure après il entendit frapper à sa porte, il courut ouvrir. C'était Marguerite.

—Eh bien! et vous aussi? dit-elle en lui voyant essuyer ses yeux.

—Comment? est-ce que Gertrude?...

—Ah! mon cher monsieur, quand je suis descendue dans la salle à manger, je l'ai trouvée étendue sur le carreau, comme morte; je l'ai prise dans mes bras, je l'ai presque portée dans sa chambre; et là, bonne sainte Vierge! elle a eu la première, la seule attaque de nerfs que je lui aie jamais vue. J'ai cru qu'elle allait rejoindre sa mère. Enfin elle s'est calmée, c'est-à-dire qu'elle a pu pleurer. Pauvre enfant! c'était bien la peine de lui économiser les larmes, pour qu'elle les répandît toutes à la fois. Quel chagrin! Elle en mourra. Oui, je vous le dis, et vous souffrez cela?