—Wolff est parti pour ne plus revenir.
M. Gottlieb parut fort étonné de la prompte conclusion d'une affaire dans laquelle sa malice se réservait sans doute plus d'une occasion de se faire sentir. Il voulut entendre de Gertrude elle-même la confirmation de son bonheur.
La jeune fille, très-pâle, mais impassible en apparence, descendit.
—Est-il vrai, mademoiselle, que vous consentez à devenir ma femme? demanda Gottlieb.
—Oui, monsieur, si mon père le permet, voici ma main.
—C'est librement que vous me la tendez?
Gertrude hésita, comme si une protestation pouvait attendrir et désarmer l'usurier! Mais elle pensa que Wolff était parti, qu'elle ne le verrait plus, que M. Gottlieb réclamait sa proie, qu'il fallait s'immoler, en épargnant des remords à son père.
—C'est librement, répondit-elle.
On eût dit qu'à son tour l'ancien joaillier ressentait quelque hésitation. Craignait-il un piége? ou bien, ce tyran qui, après tout, n'était pas un monstre, mais un simple égoïste, était-il touché et plus ému qu'il ne voulait le laisser paraître de ce sacrifice? En dépit des vraisemblances, je pencherais pour cette dernière opinion.
—Mademoiselle, dit-il le plus gracieusement qu'il put à Gertrude, j'apprécie toute la bonté, toute la générosité de votre cœur. Je ne serai pas un ingrat. Mon vieux camarade, cette maison vous reste; et vous, Gertrude, vous aurez à ma mort toute ma fortune. Je m'arrangerai pour vivre le moins longtemps possible.