Gertrude s'élança; Wolff ramassa la bougie échappée aux mains de M. Gottlieb. L'ancien joaillier étendu sans mouvement râlait sur le carreau.

—Un médecin! s'écria Gertrude, qui souleva la tête de son mari.

Wolff courut réveiller un médecin dans le voisinage. Celui-ci vint en toute hâte et fut assez surpris de trouver M. Gottlieb dans le couloir de sa maison, la tête appuyée sur les genoux de madame Gottlieb, couronnée comme au jour de ses noces et vêtue de blanc. Il tenta une saignée sans résultat, et porta avec l'aide de Wolff le corps de l'ancien joaillier sur un lit.

Le lendemain, tout le monde sut dans la ville que M. Gottlieb était mort de peur et qu'il croyait aux revenants.

—C'est étonnant! disait-on; lui, un esprit fort!

Il est vrai que c'était M. Gottlieb qui avait répandu sur lui-même cette opinion, à laquelle il donna lui-même un éclatant démenti.

Wolff n'eut pas de remords. Gertrude en ressentit de véritables; mais elle n'avait pas besoin de faire absoudre ses intentions, qui avaient été pures, et comme, en définitive, les actes ne sont pas responsables, aux yeux de la morale, des conséquences qui se produisent contrairement aux intentions, la conscience de madame Gottlieb finit par s'apaiser.

Gertrude et Wolff ne sont pas mariés; mais ils le seront dès leur retour, car ils voyagent. La vieille Marguerite les attend dans une jolie maison qu'on prépare pour eux. Ils ne veulent pas habiter la maison où Gertrude a failli mourir, ni la maison où M. Gottlieb est mort. C'est déjà bien assez pour leur délicatesse d'user de la fortune du joaillier, qui se trouva léguée à sa veuve par un testament en bonne forme.


COMMENT L'ILE DES RÊVES PERDIT SES HABITANTS.