—Telle est, dit Frantz en terminant, la véridique histoire d'un jeune homme qui ne s'appelle pas Wolff, avec une jeune femme qui ne s'appelle pas Gertrude. Excusez les fautes du narrateur. Il est bien fâché que son récit ait de l'analogie avec Roméo et Juliette et avec toutes les histoires de mortes ressuscitées; mais il se flatte que, sur un point pourtant, on voudra bien reconnaître de l'originalité à son histoire; c'est sur le respect du devoir, au détriment de la passion, respect qui, heureusement pour la morale, trouva sa récompense dans la fin dramatique de M. Gottlieb, qui porte, bien entendu, un autre nom dans la réalité, c'est-à-dire sur son épitaphe.
—Ce dernier trait est cruel, dit Stanislas Robert. C'est bien assez de la pierre qui clôt le sommeil de monsieur... Gottlieb, sans ajouter cette épigramme.
Pendant le récit de Frantz, madame Carolina Brenner avait tenu les yeux baissés; et une rougeur très-vive couvrait son visage.
—Ainsi, dit madame Vernier, les héros de l'histoire en question sont...
—Je m'oppose, s'écria Ottavio, à ce qu'on insiste pour forcer la modestie de M. Frantz à des détails et à des aveux qu'il a bien le droit de se réserver. Nous sommes ici pour raconter et non pas pour nous confesser.
—Je me suis bien confessée, moi! dit madame Mendez.
—Croyez-vous que la confession soit complète? demanda sir Olliver à la belle Espagnole.
—Oui, monsieur; que manque-t-il à votre curiosité?
—Rien, ou peu de chose: je voudrais savoir ce que vous pensez de l'histoire de la belle Gertrude et du jeune Wolff?
—Je vous comprends. Vous voulez savoir si la femme qui a sacrifié le devoir à ses passions sait rendre justice aux âmes héroïques qui sacrifient les passions au devoir rigoureux? Eh bien! soyez satisfait. Je m'incline, je m'avoue dépassée. M. Frantz aura achevé d'éclairer ma conscience.