—Il se peut que Rosenheim, malgré ses espérances, revienne seul, que mon fils soit mort ou introuvable; dans ce cas, je veux que ma fortune serve à des gens dignes du bonheur. Vous la garderez, monsieur, vous en distrairez une part que j'ai indiquée pour mon ami Rosenheim; une seconde part pour Fritz, qui retournera dans son pays, et une troisième part, destinée aux sociétés chorales. Je veux que tous les ans on donne, en mémoire de moi, un petit concert dont l'écho me viendra sans doute à travers la tombe.
—Monsieur, dit Gérard, qui faisait de grands efforts pour dissimuler un tremblement dans la voix, je ne puis accepter, moi, inconnu, des chances pareilles... ma conscience...
—Quoi! votre conscience vous interdit de me rendre service? de me permettre un peu de repos à mes dernières heures... de me donner l'appui de votre probité... Allons, monsieur, n'ayez pas d'orgueil, c'est une bonne action que je vous offre, cédez à la tentation, je suis convaincu que celle que vous aimez vous conseillerait d'accepter.
—Soit! alors j'accepte, monsieur, dit Gérard, qui se sentait le front humide. Mais, permettez-moi de vous donner ma parole d'honneur que je remettrai fidèlement ce dépôt.
—A quoi bon jurer? interrompit le vieillard; si je ne me suis pas trompé, le serment est inutile; si vous devez me trahir, que vous importerait un parjure? Puisque vous le voulez, donnez-moi votre main; voici la mienne; Dieu nous voit et scelle entre nous un contrat dont il est le seul témoin et le seul juge. Maintenant, mon ami, prenez dans ce secrétaire-là ces deux portefeuilles, et causons.
Gérard obéit; mais, sans qu'il pût dire pourquoi, il était pâle, il tremblait, et il acceptait cette bonne action comme s'il se fût disposé à commettre un crime.
[IV]
[Où l'on donne une excellente méthode pour devenir un coquin.]
Le baron Walter mourut dans la nuit. Il avait remis à Gérard les titres de tous ses biens, et il avait dit à Fritz: