«Il est temps, lui dit-elle, le jour se lève; habille-toi, prie Dieu, déjeune et cours dans les champs avant que ton père ne s'éveille; tu as une petite heure pour aller à la découverte de tes plantes; va donc, mon fils, puisque c'est là ton amour et ton bonheur.»
L'enfant remercia sa mère; et, tandis qu'elle l'aidait à s'habiller, il lui raconta le songe merveilleux qu'il venait de faire.
Sans y rien comprendre, la mère y vit un présage de bonheur et de gloire pour son fils et résolut de l'aider de plus en plus dans sa vocation. Aussitôt qu'il fut habillé, elle lui présenta une écuelle de bois pleine d'un potage fumant que l'enfant mangea avec appétit; puis elle l'enveloppa dans une petite houppelande de gros drap dont elle redressa le col, qui cacha jusqu'au-dessus des oreilles le frais visage de l'enfant. Il partit joyeux, un bâton à la main. La bonne mère avait retranché au moins deux heures de son sommeil habituel pour donner ces doux soins à son fils et pour satisfaire à son désir.
Cherchez dans votre souvenir, enfants qui me lisez, et vous trouverez tous que vos mères ont eu pour vous de ces tendresses-là.
Durant quelques jours le petit Charles put herboriser en paix dans les montagnes et découvrir dans leurs anfractuosités quelques pauvres fleurs et quelques frêles mousses épargnées par la neige. Mais, un matin que le père s'éveilla plus tôt que de coutume pour aller voir un malade qu'il avait laissé mourant la veille, il se mit dans une grande colère en ne trouvant pas son fils au logis. La mère en vain objecta quelque prétexte; le sévère ministre ne s'y laissa point tromper et jura que, dès le lendemain, l'enfant serait envoyé à l'école latine de la petite ville de Vixioe. La mère éclata en sanglots; le père s'écria que les larmes n'y pouvaient rien; et, quand le petit Charles rentra furtivement à la maison, il comprit que les dissensions et le chagrin y avaient pénétré par sa faute: il essaya de se justifier et de promettre à son père une obéissance aveugle pour l'avenir; celui-ci resta inflexible. Il sortit en donnant ordre à la mère de préparer les hardes de son fils, qu'il conduirait lui-même dès le lendemain à Vixioe.
Quel déchirement pour la mère et pour l'enfant que cette brusque séparation! La mère surtout ne pouvait se résoudre à se séparer de son fils bien-aimé. Depuis qu'elle l'avait porté neuf mois dans son sein et nourri de son lait, jamais elle ne l'avait quitté un seul jour.
«Non! non! cela était impossible, répétait-elle en couvrant de ses mains son visage inondé de larmes.»
Charles, désespéré de voir pleurer sa mère, étouffa sa propre douleur et essaya de lui donner du courage; il lui disait:
«La ville où je vais est voisine; nous nous verrons souvent; puis je travaillerai bien et vite pour satisfaire mon père, et je reviendrai.»