Mais la mère pleurait toujours; un seul jour de séparation lui était une grande angoisse. Cependant, sachant que son mari était inébranlable dans ses volontés, elle commença à préparer les effets de son fils dans une petite malle. Elle mit au fond ce bien-aimé et fatal herbier qui était la cause de leur séparation; puis un peu d'argent en petite monnaie; puis des confitures et des fruits secs: friandises du foyer que les mères se plaisent à donner aux enfants.

Quand le ministre rentra, la malle était faite; et, voyant qu'on avait suivi ses ordres, il se montra un peu apaisé.

Le reste de la journée et la veillée s'écoulèrent sans querelles, mais bien tristement. Le père lisait sa Bible, comme à l'ordinaire; les petites filles tricotaient, comme la veille, auprès de leur mère, ne faisant entendre que quelques soupirs étouffés ou quelques paroles entrecoupées. Quant à Charles, il était résigné et courbait la tête sur les thèmes latins qu'il traduisait.

L'heure du repos étant arrivée, on fit la prière en commun; puis le fils ayant souhaité bonne nuit à son père, le père répliqua:

«Bonne nuit, mon fils; demain nous partirons au petit jour pour Vexioe!»

L'enfant s'inclina en silence et en étouffant ses larmes.

Aussitôt que son mari dormit, la mère se glissa auprès du lit de son fils, à qui elle prodigua ses caresses et fit les plus vives recommandations sur sa santé. Ce furent là leurs véritables adieux; car le lendemain le rigoureux ministre brusqua le départ.

Comme il faisait grand froid et que les routes étaient couvertes de glace, nos voyageurs partirent en traîneau. Cet exercice et le pays qu'il parcourait, en partie nouveau pour lui, finirent par distraire le petit Charles de son chagrin. Mais, quand il se trouva dans la ville, si triste et si morne, et surtout quand il fallut franchir les noires murailles de l'école latine [8], le pauvre enfant sentit son coeur défaillir.

Note 8:[ (retour) ] Institution protestante équivalant à nos petits séminaires.