Après huit heures de sommeil, Antonia s'éveilla. Elle fut épouvantée de ma pâleur et de la contraction de mes traits. Me voyant assis au bord du lit, elle s'écria:
—Tu n'as donc pas dormi?
—Non, lui dis-je, je t'ai regardée; tu étais bien belle et bien calme, cela m'a reposé de te voir ainsi.
—Mais tu as la fièvre, reprit-elle, en serrant mes mains brûlantes dans les siennes, il faut rester couché; je vais te guérir. Quelle inerte égoïste je suis d'avoir pu dormir tandis que tu souffrais!
Elle se leva à la hâte, m'enveloppa de couvertures chaudes, me fit de la tisane et me prodigua mille soins, avec sa tendresse tranquille et silencieuse. Elle fut pour moi, ce qu'elle était naturellement pour tous, une excellente femme d'un dévouement et d'une bonté inépuisables; mais la sensibilité ardente, cette inspiration spéciale et exquise qui devine les blessures cachées; la sensibilité qui est au cœur ce que le génie est à l'esprit, je doute qu'elle l'ait jamais comprise.
Je finis par m'endormir sous le magnétisme de son doux et calme regard. Ma fièvre cessa la nuit suivante, et deux jours après j'étais sur pied.
Tout en me soignant, Antonia avait refait le paquet de notre mince bagage, payé notre hôte et tout disposé pour notre départ.
—Nous retournons à Paris dans une heure, me dit-elle en riant, tandis que je m'habillais.
—Eh! quoi, si vite? N'étions-nous pas bien dans cette chère retraite. Qu'as-tu donc? Je devine, tu veux me quitter! Et je l'enlaçai dans mes bras comme pour la retenir et l'enchaîner.
—Tu seras donc toujours enfant et soupçonneux, me dit-elle. Nous partons, parce qu'une absolue solitude nous est mauvaise à tous deux, mais je ne te quitte pas.