A dix-sept ou dix-huit ans, selon qu'elle est avancée dans ses études, une jeune fille peut être conduite à quelques bals, à quelques dîners, et aux sauteries, aux huitaines. Mais il faut en éviter l'abus. Cet abus donne un des deux résultats suivants: ou il sature, il blase, il fatigue l'âme et le corps, ou le plus souvent, tout en blasant et fatiguant, il donne une telle habitude du monde que l'on ne sait plus s'en passer.

Les visites, les fêtes, ne doivent être qu'un accessoire, qu'une distraction nullement indispensable; une femme doit être habituée à se suffire elle-même et à aimer son intérieur. Ce n'est pas un défaut dans une jeune fille, si elle n'est pas toujours désireuse de sortir n'importe par quel temps ni à quel moment; cependant elle doit toujours être prête, si c'est une nécessité ou si ses parents le lui demandent.

Les quelques années s'écoulant entre l'adolescence et le mariage doivent préparer la jeune fille à devenir épouse et mère de famille, c'est-à-dire à faire très rarement sa volonté; à sortir ou à rester à la maison, non pas selon son bon plaisir, mais selon que ses devoirs ou les désirs de son mari et les besoins de ses enfants le lui imposeront. C'est ce que les jeunes filles ne s'imaginent jamais assez.

CHAPITRE XXI

LE RÈGLEMENT DE LA JOURNÉE D'UNE JEUNE FILLE.

Ceci m'a été demandé par quelques correspondantes, dont les filles ont fini leur instruction, c'est-à-dire ne rentrent pas en pension, car, ainsi que j'ai eu occasion de l'expliquer dans un article précédent, c'est à tort qu'on dit avoir fini ou son instruction ou son éducation, quand on sort de pension; il reste encore beaucoup de choses à apprendre.

J'ai donné le règlement de la journée d'une petite fille. Pour la jeune fille de quatorze à dix-huit ans, c'est-à-dire alors qu'elle n'est pas encore d'âge à aller partout dans le monde avec sa mère, il y a quelques différences à introduire.

La jeune fille continuera à se lever à la même heure qu'à la pension ou au couvent, c'est-à-dire très matin, mettons sept heures, au plus tard, en hiver. Sous aucun prétexte, on ne doit lui permettre de lire au lit, pas plus le matin que le soir; je m'élève absolument contre cette fâcheuse habitude qui entraîne, entre autres inconvénients très graves, de s'enrhumer, de mettre le feu et d'alanguir l'esprit en même temps que le corps. De même, celle de déjeuner au lit. J'avoue que j'aimerais bien voir les parents prêcher d'exemple.

La jeune fille se lèvera, et fera sa chambre elle-même, sans feu, bien entendu; je proteste encore contre le feu, surtout le matin et le soir. Si la jeune fille travaille dans sa chambre ou y reçoit ses amies, on peut permettre un petit feu de bois dans l'après-midi.

J'insiste pour un déjeuner très matinal, presque en se levant, et chaud; il ne faut jamais sortir sans avoir pris quelque chose de chaud, lait, café, chocolat, soupe, etc.