Ne l'aurait-elle pas, on est tenté de le lui supposer. D'ailleurs, elle-même, en passant, se regarde dans une glace, elle aperçoit cette image gentille, et elle sent poindre en elle les idées et les sentiments de son allure. Avec une robe courte et un chapeau rond, on se sent, plus légère, plus portée à courir, à se dissiper.

Comment voulez-vous que votre fille vous obéisse si elle ne voit en vous qu'une sœur? si votre extérieur ne lui en impose pas? Comment serez-vous son chaperon, son porte-respect auprès d'autrui, si votre attitude, votre mise, donnent le droit de vous adresser les mêmes paroles qu'à elle?

Vous paraissez croire qu'il est très avantageux pour vous de paraître jeune! Je ne saisis pas bien à quel point de vue vous vous placez. Il est très avantageux, certes, d'être jeune; il est très avantageux de conserver les symptômes de la jeunesse, parce qu'ils sont synonymes de force, de santé, mais il n'est pas absolument utile de conserver les apparences d'une jeune femme quand on est mère d'une fille de dix-sept ans; cela ne vous empêche pas de garder un aspect très agréable dans votre intérieur, aux yeux de votre mari; mais après une vingtaine d'années de mariage, lorsqu'on a surtout des enfants grands, il ne déplaît pas à un mari que sa femme prenne un air tant soit peu imposant et autoritaire, de façon qu'elle puisse supporter avec lui une partie de la grande responsabilité qui lui incombe comme chef de famille.

Certes, à trente-cinq ans, une femme, et surtout certaines femmes, pas principalement les grandes beautés, mais plutôt les figures chiffonnées, sont encore jeunes d'aspect. Cependant, êtes-vous bien sûre que vous paraissez réellement aussi jeune que vous croyez? Peut-être la manière dont vous vous habillez y contribue; vous pouvez faire illusion, mais ne supporteriez pas un examen attentif.

Quant à la femme du sous-préfet que vous me citez, il y a plusieurs motifs pour lesquels vous ne devez pas l'imiter aveuglément.

D'abord, parce que les autres commettent des erreurs, nous ne sommes pas obligées de les suivre dans cette voie; ensuite, et surtout, cette femme n'a pas d'enfants, et par conséquent elle n'a pas besoin d'avoir l'air d'une matrone.

En outre, elle occupe dans le monde une position qui lui fait presque une obligation d'être coquette, de représenter. Néanmoins, j'insiste sur ce que, si elle avait une grande fille, elle devrait être plus circonspecte.

Les mamans de garçons ne sont pas tenues à autant de sévérité que celles des fillettes.

Vous êtes appelée à rencontrer bientôt un futur gendre: il faut qu'il puisse vous distinguer de sa fiancée! Appelée au rôle de mentor, vous ne pouvez pas avoir l'air d'en avoir besoin d'un vous-même.

Et puis, voyez quel malheur! si vous alliez être plus jolie que votre fille!… Cela peut très bien arriver!… Une femme de trente-cinq ans, attifée avec science, ajoutant à une beauté savante et étudiée le charme de l'esprit et de l'expérience du monde, peut effacer facilement une jeune fille modeste et retenue!