Il est bien difficile d'indiquer une méthode pour bien élever les enfants, car cela dépend du caractère de l'enfant, des caractères des parents et des circonstances dans lesquelles on se trouve.

Il y a des parents qui semblent incapables de bien élever les enfants, et cependant ils en font des perfections, tandis que d'autres, ayant étudié le sujet sous tous ses aspects, et se croyant bien forts, réussissent fort mal, tellement le caractère humain défie tous les partis pris.

Une petite fille bien élevée ne doit être ni sauvage ni trop hardie, je dirai presque trop aimable.

Je crois qu'une enfant un peu sauvage est préférable, car cette sauvagerie, cette timidité se dissiperont avec le temps, tandis que la hardiesse s'accroîtra et deviendra insupportable.

Ce qu'on appelle une enfant terrible, est, en général, une enfant gâtée, que sa mère emmène partout avec elle, sans se contraindre ni la contraindre, à la moindre gêne. L'enfant entend tout, voit tout, s'habitue à parler de tout; elle dit des choses drôles que l'on applaudit, ce qui l'encourage à parler encore davantage, à dire tout ce qui lui passe par l'esprit, et elle s'habitue à ce qu'on admire tout ce qu'elle dit. Si, parfois, on la fait taire, comme elle n'en pense pas moins, elle devient hypocrite, dissimulée, menteuse…

Ce qu'il faut obtenir, c'est que l'enfant reste naïve, qu'elle ne pense pas à ce qu'elle ne doit pas penser.

J'ai connu bien des enfants terribles, bien des enfants désagréables, et d'autres aussi bien élevés, du moins qui en avaient l'apparence; car la bonne éducation n'est pas toujours sincère.

Marie, à six ans, lit et écrit et commence à conjuguer ses verbes; elle commence aussi le piano, joue déjà un grand morceau, et déchiffre l'album de Bleuettes, de M. Schmoll; c'est une petite fille bien portante, sans être d'une santé exubérante; elle a bon appétit aux heures voulues, car les règles d'hygiène sont exactement suivies: elle se couche à huit heures du soir, sans exception, se lève à six heures du matin, même en hiver; les ablutions sont toujours faites à l'eau froide; en été, la promenade a lieu à huit heures du matin, en mangeant la tartine qui compose le premier déjeuner; cette promenade consiste à aller au bon air, en jouant au cerceau et au ballon dans les prés, où se cueillent des pâquerettes; puis, quand le soleil monte, on apprend sa leçon au grand air; on rentre à onze heures et du meilleur appétit on déjeune d'un beefteak ou d'une côtelette saignante. Le piano vient comme recréation après le déjeuner; l'après-midi se passe, à l'abri de la chaleur, à faire les devoirs et prendre les leçons; le goûter consiste en un morceau de pain sec ou une tartine très légère de fromage blanc ou de confitures, ou encore en bons fruits, cerises, groseilles, etc. Vers cinq heures, récréation jusqu'au dîner. Après dîner, promenade ou jeux et coucher à huit heures.

En hiver, les leçons se prennent le matin; la promenade a lieu après le déjeuner de midi; cette promenade se passe en jeux de corps; Marie a surtout cette naïveté, cette fraîcheur d'impression qui fait le charme de l'enfance et aussi de l'adolescence. Les parents, les professeurs, les gens âgés quels qu'ils soient, sont, à ses yeux, des êtres supérieurs avec lesquels elle ne discute pas; tout ce qu'ils font est bien. Devant eux, elle n'ose bouger ni parler; elle écoute, questionne peu, et répond quand on la questionne; elle se tient tranquille et respectueuse. La toilette se résume pour elle dans la propreté; et lorsqu'on lui demande si une autre petite fille est bien gentille, c'est pour elle le synonyme de bonne. Sa pensée sérieuse est de satisfaire ses parents, de les rendre heureux; ses projets sont d'arriver à être très savante, à bien travailler; son grand désir est de bien jouer, bien s'amuser. Quant à faire de l'esprit, à critiquer, elle n'y songe pas.

Julie a tous les dehors de Marie, sauf qu'elle est pâle et mince et a un petit air rusé et concentré; elle sait faire la dame, et bien se tenir, mais ce n'est que par hypocrisie; ça lui est imposé. C'est une sournoise qui attend que sa mère ou sa bonne ne soient pas là pour pincer sa sœur.