Voyez le gamin de la rue, non pas le voyou seulement dont le défaut d'éducation pourrait servir d'excuse, mais l'enfant des commerçants, dès le plus bas âge: il est hardi et insolent; il ne connaît pas le respect qu'il doit aux gens âgés et qui sont ses supérieurs! il est impossible de lui en imposer, s'il lui plaît de vous insulter. Il se sait soutenu par ses parents. Que sera sa hardiesse à vingt ans?

Et la fillette qu'un équipage fringant va promener, sa morgue, son impertinence n'ont pas de limites; elle parle argot et affecte les allures de l'actrice… Sa mère, son père même, l'adorent ainsi! Les parents sont beaucoup trop aveugles, mais c'est l'amour-propre et non l'amour paternel qui leur met un bandeau sur les yeux. Cet enfant, qui est à eux, fait à leur image, ne peut être, ne doit être qu'une perfection!

Certes, il y a des exceptions, beaucoup d'exceptions; si, autour de moi, je connais bon nombre d'enfants mal élevés, je pourrais prendre modèle sur d'autres bien charmants; je n'aurais qu'à jeter les yeux sur telle ou telle famille que je connais, dans le commerce, dans la bourgeoisie, où une mère sensée, industrieuse et active a su élever ses filles à son côté, les accoutumer au travail, à la docilité, leur faire conserver la simplicité, la douceur, la modestie de la jeunesse, et leur a appris à respecter la vieillesse, à écouter ceux qui en savent plus qu'elles.

Oui! il y a encore des pères qui savent dresser leurs fils, quoiqu'il puisse leur en coûter à rester sévères, sans cesser d'être tendres; qui élèvent leurs enfants en vue du bonheur de ces enfants et non du leur; et ces fils, enseignés à aimer le foyer domestique, à être prudents dans leurs amitiés et dans leurs affaires, se laissent guider par une main expérimentée et arrivent aux meilleures positions.

Mais, pour obtenir ces résultats, il faut se vaincre, se donner de la peine, voir le devoir avant tout, et mettre souvent de côté le plaisir, la lassitude… et surtout le faux amour-propre.

CHAPITRE II

NOTES D'UNE MÈRE SUR L'ÉDUCATION DES ENFANTS.

L'éducation de l'enfant commence, on peut dire, dès sa naissance; il est même avéré que, dans le lait de sa nourrice, l'enfant suce avec la force et la santé, au physique, une certaine dose de qualités morales et d'intelligence; cette pensée devrait faire réfléchir les mères avant de confier leurs enfants à des mains mercenaires.

Je m'émerveille toujours quand je vois des pères avoir plus de confiance dans des nourrices dont ils ne connaissent les antécédents matériels ni intellectuels que dans leurs propres femmes. Avouons que ce n'est pas flatteur! Cela provient de ce qu'on est toujours porté à admirer ce qu'on ne connaît pas!

Il n'y a qu'un cas où une femme est obligée de renoncer à nourrir son enfant, c'est celui de maladie sérieuse, avérée. Mais il n'entre pas dans mon plan de traiter ce sujet, pas plus que celui de l'hygiène de l'enfance; je laisse ce soin au docteur Brochard, connu de la plupart de mes lectrices, et dont c'est la compétence; je me réserve à l'éducation spéciale et, sur les demandes de mes correspondantes, je voudrais leur dire «comment doit être une petite fille de cinq ou six ans, bien élevée», puisque c'est ainsi que m'est posée la question.