—Oh! madame! s'écria Gabrielle d'un air fâché; il n'y avait pas besoin de le dire! Je ne suis presque pas tombée, vous n'avez même pas eu le temps de me voir à terre!
—Vous êtes-vous fait du mal?
—Jamais je ne me fais du mal, moi! je tombe, me relève; ça ne vaut pas la peine qu'on y fasse attention.
—Oui! elle est robuste comme un petit cheval, cette petite Gabrielle! remarqua le père de Juliette.
Cependant Gabrielle était mignonne et pâle auprès de sa fille, si forte et si rouge.
—Qu'est-ce que je vois donc là, cependant? fit la mère de Gabrielle, en soulevant du bout de son ombrelle le bord de la jupe courte de sa fille, laquelle, assise sur une chaise haute, laissait un peu voir ses jambes nues au-dessus des chaussettes. Une large tache violacée apparaissait au-dessous du genou.
—Oh! ce n'est rien! un petit bleu, dit-elle en ramenant sa jupe bien vite.
—Comment donc! un petit bleu! Mais vous auriez pu vous faire beaucoup de mal! dit le père; vous auriez pu vous casser la jambe! vous auriez pu vous luxer le genou… Prenez garde! je vous engage à veiller à cela, il pourrait bien se former un phlegmon… c'est excessivement grave… Quand j'étais au collège, j'ai eu un de mes camarades qui a fait une chute de ce genre, et il a fallu lui faire l'amputation… il en est mort!
La mère de Gabrielle était devenue triste et pâle en entendant ces fâcheux pronostics.
—Gabrielle, je veux que tu te soignes!