—Mère! j'y ai déjà mis de l'eau fraîche…je veux bien en mettre encore, mais je t'assure que je ne sens plus rien et il ne vaut pas la peine de tant s'occuper de moi!
—Je ne sais pas pourquoi tu ne veux jamais qu'on s'occupe de toi quand tu tombes!
—Je suis en colère contre moi! c'est si bête! si maladroit!… Montre donc tes bleus, Juliette?
—Non! répondit la petite gâtée en se pressant contre son père; c'est bien laid ton bleu! je ne voudrais pas l'avoir!
—Voulez-vous un peu d'eau de fleurs d'oranger, Gabrielle?
—Oh! merci, madame… je vais boire de l'eau pure et tremper mon mouchoir dans le restant du verre pour faire une compresse… C'est-y bête de se jeter par terre comme ça! Imbéciles de jambes, va!—et elle tapait sur ses mollets—je vous apprendrai à ne pas mieux vous tenir!… encore, c'était un chemin tout uni!
—Comme ce doit être froid! dit Juliette en regardant la compresse que sa petite amie s'appliquait, et tout en sirotant le sucre dans l'eau de fleurs d'oranger.
De tels caractères sont difficiles à métamorphoser par l'éducation; on peut cependant y arriver. Livrées à elles-mêmes, Juliette et Gabrielle deviendront, il est facile de le deviner, la première une petite-maîtresse égoïste et toujours geignante, l'autre une fille dévouée, énergique, ne s'occupant jamais d elle.