Jamais on ne doit exprimer devant un enfant un sentiment qui puisse le retarder en quoi que ce soit. On ne doit pas le consulter, ce n'est pas à lui à juger de ses forces. Les parents sont là pour le diriger, le guider, l'envoyer coucher, le faire lever, travailler et se reposer, non pas selon leur bon plaisir à eux, mais selon ce qui est bon pour l'enfant. La régularité est un des meilleurs principes hygiéniques de la santé, ainsi que le calme et l'absence des émotions malsaines; mais si l'enfant nerveux est guéri par le travail régulier, une nourriture saine, des exercices de corps, l'enfant apathique et engourdi sera développé et fortifié de même par un travail continu, un régime hygiénique, une volonté au-dessus de la sienne; il devra être secoué.

Les vices, le manque de soin, les plaisirs hors d'âge, l'indifférence qu'il rencontre, le manque de direction, voilà ce qui étiole l'enfant et le rend incapable de travail.

Et c'est pourquoi l'intelligence, l'adresse, le jugement doivent toujours être développés chez les enfants; il faut les habituer à compter sur eux-mêmes, à savoir se retourner, juger d'une position, ne pas être timorés, esclaves d'habitudes qui les rendraient maniaques. Au physique comme au moral, ils doivent être dégourdis, quand même, c'est-à-dire en dépit de leur position de fortune, et d'autant plus que leur caractère naturel peut être porté, davantage à l'apathie.

Ce qui engourdit beaucoup les enfants, c'est d'être servis, et vraiment je me demande comment des mères intelligentes elles-mêmes peuvent supporter chez leurs filles certaines manières…

—Vous avez un exemple au bout de la langue, dites-le, me dit la mère d'Odette.

—Eh bien, oui! l'autre jour je regardais sortir de chez moi une dame avec sa fille, jolie personne de dix-sept à dix-huit ans; la porte de la rue était fermée; la fille avait les mains dans son manchon, elle se mit un peu de côté; la mère ouvrit la porte qui est assez lourde, la fille passa, la mère la suivit et ferma la porte, pendant que la première faisait demi-tour, toujours les mains dans son manchon, d'un air parfaitement stupide. Comment une mère peut-elle tolérer cela?

—Et comment une personne intelligente peut-elle se contenter d'être une poupée?

—J'en connais d'autres dont les mères portent toujours les paquets quand elles vont faire des emplettes!

—Ah! oui, voilà encore où l'on aperçoit l'adresse; Mme X*** a, vous le savez, des mains d'enfant, encore d'enfant qui les a petites; elles sont blanches, frêles, ravissantes; eh bien, elle est d'une adresse remarquable; de ses mains mignonnes, elle porte des multitudes de paquets, dont même de forts lourds, sans avoir l'air gênée; on se demande comment elle s'y prend, tandis, que vous voyez d'autres femmes embarrassées aussitôt qu'elles ont deux choses à porter; on est sûr qu'elles en laisseront tomber une, ou la perdront; elles auront un air gauche et maladroit.

—Ce ne sera pas la petite fille de Mme C., car elle n'a que huit ans et elle suit déjà sa mère dans les rues de Paris sans donner la main, portant son rouleau de musique, son buvard plein de cahiers, son petit parapluie, que sais-je encore?