Le premier est un certain mouvement des jambes rapprochant les talons, qui n'est d'ailleurs que le pas de la valse. Ce mouvement est excessivement élégant et gracieux. Ainsi, pour saluer, un homme ne doit pas plier la jambe, courber le corps; au contraire, il redresse la tête, rapproche les deux talons comme s'il se mettait au port d'armes et présente légèrement le buste en avant. Tout jeune homme ayant appris la danse, la gymnastique, et ayant de la grâce, de la désinvolture dans les mouvements, saluera de cette façon. Ce rapprochement des pieds a l'avantage de rehausser la stature (chacun sait qu'en éloignant les jambes l'une de l'autre, on perd plusieurs centimètres de hauteur). En résumé, ce mouvement dénote l'homme de bonne société. Ce serait une erreur de croire qu'il est dévolu particulièrement aux tailles élevées; il sied et est propre à tous, depuis le bambin de cinq ans jusqu'à l'homme âgé, tant qu'il a assez de force dans ses nerfs pour le faire. Certes, l'homme de haute taille possède toujours une facilité et une grâce de mouvement qui lui est absolument propre, et l'on ne saurait trop la mettre en œuvre pour développer le physique d'un jeune garçon. Mais cette distinction innée, l'homme de petite taille peut parfaitement l'acquérir; il ne faut jamais oublier que tout dépend de la volonté, et que tout le bien et le mal surtout est toujours en notre pouvoir. Il en coûte parfois de la peine et de la persévérance, mais le succès qui vient couronner nos efforts est un ample dédommagement. L'être le plus laid, le plus commun, peut, en s'étudiant, en se réformant, arriver à être beaucoup mieux que celui qui se fie sur les dons de la nature et croit qu'il ne lui reste rien à faire.

Le geste à éviter,—j'ai déjà eu occasion de le signaler, mais je suis heureuse de trouver celle d'en parler encore,—c'est cette habitude du sexe masculin de mettre la main dans la poche du pantalon.

On peut être un très brave garçon et avoir cette habitude, mais on ne saurait être un homme de bonne société; de plus, n'oublions pas que les gestes vulgaires dénotent nécessairement une certaine vulgarité dans l'esprit et dans les relations.

Je connais un jeune homme tout à fait charmant, et qui tient à l'être, ayant l'excellente ambition de fréquenter le monde de la famille. Il s'applique, et l'on ne saurait que l'en louer, à avoir une bonne tenue; il y arrive. Chacun l'aime, le recherche et le préfère à ses camarades, malgré quelques défauts de caractère qui pourraient le rendre inférieur à eux, mais qui disparaissent derrière son abord agréable. Malheureusement lorsque, surtout, il est sous l'empire d'une grande préoccupation, qu'il discute, par exemple, il s'oublie et plonge avec frénésie la main dans la poche de son pantalon. Un jour qu'il déployait, au milieu d'un salon, ses petits talents oratoires et qu'il se livrait avec succès à une improvisation réussie, il se laissa aller, sans s'en douter, à ce mouvement peu gracieux. Peu s'en fallut qu'il ne perdît aussitôt tout son prestige. Hommes et femmes s'entre-regardaient tout étonnés de trouver des manières si peu conformes aux règles de la bonne société dans un jeune homme à l'extérieur si distingué et si capable, car le monde est porté à blâmer chez les autres ce qu'il pratique lui-même. Tout à coup un petit garçon de six ans vient se camper devant l'orateur et le considère fixement. Le jeune homme s'arrête en riant devant ce petit observateur en herbe.

—Qu'as-tu à me regarder, mon petit ami?

—Mais, Monsieur, tu n'as donc pas de maman? lui répond l'enfant d'un air courroucé et sérieux.

—Pourquoi cette question? repartit l'autre, un peu interloqué.

—Parce que, si tu en avais une, elle te dirait que ce n'est pas beau, dans un salon, de mettre la main dans la poche de son pantalon.

Je n'essaierai pas de dire quelle fut la honte, le courroux du pauvre jeune homme, si justement et si vertement tancé. Le petit garçon avait tort, sans doute, dans sa franchise, mais nous lui pardonnons, dans l'espoir qu'elle aura servi à corriger notre jeune héros.

IV