Le devoir des parents pendant les vacances est de continuer et même de perfectionner l'œuvre d'éducation et d'instruction commencée à la pension. Les habitudes des enfants doivent, autant que possible, rester les mêmes; leurs travaux seuls sont modifiés; ils se lèveront de bonne heure, mais au lieu d'aller à la salle d'étude, ils iront faire une longue promenade à la campagne, en compagnie de gens instruits, si c'est possible, herborisant, étudiant la botanique, l'histoire naturelle; dans la journée, après avoir appris les leçons que les professeurs leur donnent toujours pour ces quelques semaines, ils consacreront leurs heures de loisir aux arts d'agrément, qu'ils sont obligés, par leurs études plus sérieuses, de négliger dans le courant de l'année. La musique, le dessin, auxquels ils ne peuvent ordinairement donner plus d'une demi-heure par jour au lycée, doivent être leur grande occupation pendant les vacances; n'est-ce pas, en effet, une distraction et une récréation?

Il faut se rappeler que dans la vie d'un enfant une heure ne doit pas être perdue. Les promenades auront toujours un but instructif. On les mènera visiter les musées, les monuments publics, où l'on trouvera moyen d'exercer leur mémoire et d'accroître leurs connaissances historiques.

Je conseille de mener rarement les enfants au théâtre, mais beaucoup à la campagne. Pour la première distraction, si on en use, il faut faire un choix scrupuleux, et s'en tenir exclusivement aux œuvres classiques. Il ne faut pas croire que ce qui nous ennuie ne soit pas capable d'amuser un lycéen. Il sera heureux d'y retrouver des rapprochements avec ce qu'il sait déjà; entendre dire sur le théâtre de ces beaux vers qu'on lui fait apprendre au collège, ne fera que l'encourager et lui être profitable; de même pour les jeunes musiciennes, elles auront un double plaisir à entendre avec orchestre et chant ce qu'elles jouent sur le piano. Les tableaux représentant les faits de l'histoire les intéresseront vivement, et une visite au Jardin des plantes, au Jardin d'acclimatation, etc., les amusera bien autrement qu'une longue station sur une promenade publique. Un voyage, outre son utilité pour la santé et son agrément, peut être un excellent sujet d'étude, s'il est fait dans de bonnes conditions; mais il ne faut pas qu'il consiste simplement à introduire la jeune pensionnaire dans la vie des hôtels et des casinos. Le bord de la mer est une école où l'on peut agrandir le cercle de ses connaissances. Les collections minéralogiques, les herbiers trouvent largement à s'y compléter, et instruisent en amusant.

Après les arts d'agrément qui, dans leur genre, exercent l'esprit et meublent l'intelligence, les sports fortifient le corps et développent les forces musculaires. Il ne faut pas craindre d'y consacrer un temps convenable. Les bains froids, la gymnastique, l'équitation, s'il est possible, le cricket, sont des amusements utiles. C'est ainsi que tout est gain pour les jeunes gens, que tout doit avoir un but d'utilité. On ne leur permettra surtout, sous aucun prétexte, de balandrer.

Combien voit-on d'enfants passer leurs vacances, les traits alanguis et pâlis par le désœuvrement, à torturer des animaux, à passer de fauteuil en fauteuil, s'endormant sur un livre à moitié lu, ne retrouvant leur énergie qu'à l'heure d'aller se coucher, afin de solliciter une prolongation de veille qui ne leur sera d'aucune utilité.

Tous les jours, ils promettent de travailler le lendemain, et ce lendemain, comme celui de l'aubergiste qui avait écrit sur son enseigne: Demain je donnerai à boire pour rien; ce lendemain est toujours pour le jour suivant!

Mais ce n'est pas seulement à orner leur esprit que nous devons nous appliquer, ou à maintenir leur santé dans un état florissant, il est encore un point que les mères ne sauraient négliger pendant les vacances, et sur lequel elles ont une influence toute-puissante: c'est l'éducation du cœur et la culture des bonnes manières. Cette partie de l'éducation d'un enfant est malheureusement trop souvent négligée dans les institutions; il est peut-être même impossible qu'il en soit autrement là où le nombre des élèves ne permet pas de s'occuper de chaque nature en détail, et où la multitude de choses arides et sèches à enseigner rend forcément les rapports entre maîtres et élèves moins affectueux et plus raides.

Mais s'il incombe aux parents des devoirs sérieux, parfois pénibles même à remplir, de leur côté, les enfants doivent songer à leur faciliter la tâche; car, outre tout le bien qui leur en revient, ne doivent-ils pas laisser à ces pauvres parents, si heureux de leur présence, un bon souvenir de ce court espace de temps passé auprès d'eux? Si les enfants sont désagréables, taquins, volontaires, capricieux, les parents se sentiront comme délivrés par leur départ et de cette façon l'amour de la famille se trouve peu à peu amoindri, effacé, pour faire bientôt place à l'indifférence, sinon à pis encore!

Pour l'enfant, qui est en pension, comme pour celui élevé à la maison, le temps des vacances le rapproche toujours de sa mère par les loisirs qu'il lui donne; c'est donc une occasion qui se présente à elle de prodiguer plus largement ses conseils et ses soins.

Il est toujours dommage de s'arrêter pendant cette vie qui est si courte, et les temps d'arrêt sont encore plus à éviter pendant l'enfance; si l'homme mûr et le vieillard peuvent se permettre de chercher dans les vacances qu'ils prennent, comme magistrats, fonctionnaires, administrateurs, travailleurs; en un mot, de la grande machine du monde, un repos absolu, un délassement complet de la faculté qu'ils exercent sans relâche et qui a besoin de se reposer par intermittence, il n'en est pas de même de l'enfant, lequel ne doit pas plus s'arrêter dans son éducation qu'il ne s'arrête dans sa croissance.