Mettre un enfant au repos intellectuellement, sous le prétexte qu'il a le temps, qu'il apprendra plus tard, c'est comme si on voulait l'empêcher de grandir, en disant: «Il grandira plus tard.» On ne grandit plus après un âge à peu près fixe, on n'apprend plus certaines choses avec la même facilité à un certain âge.

Les vacances ne doivent donc être qu'un changement de travail, mais non pas un arrêt; et si l'on en profite pour s'occuper davantage des exercices du corps, si l'on recherche l'amélioration physique, c'est toujours un progrès, et il ne faut pas oublier que, dans ce qui est humanité, ce qui ne progresse plus recule, puisque rien ne reste stationnaire. De l'instant où la lumière ne croît plus, elle baisse; aussi les jeunes gens, et même les hommes, dont je parlais tout à l'heure, profitent-ils des vacances simplement pour s'adonner à d'autres études que leurs occupations ordinaires ne leur laissent pas le temps de pratiquer dans le cours de l'année.

Pendant les vacances, au lieu de travailler dans les livres imprimés, devant une table d'étude, l'enfant travaille dans le grand livre de la nature ouvert devant lui, en plein air, sous la voûte céleste; au lieu de s'astreindre aux définitions abstraites, il a les démonstrations matérielles, au lieu de la rigidité de la leçon du professeur, il reçoit les doux conseils de sa mère.

Pendant les quelques semaines que dure ce laps de temps consacré à renouveler nos forces, afin de ne pas reculer, les enfants doivent toujours travailler un peu à leurs études habituelles, de façon qu'au retour des classes, qu'il s'agisse des bancs du collège, du couvent ou de ceux des cours, ils aient plutôt gagné des places que d'en perdre.

Mais ce à quoi la mère doit s'attacher particulièrement, c'est à profiter de l'occasion où l'enfant lui appartient plus spécialement pour lui inculquer cette éducation spéciale du cœur et de l'âme que personne, sauf elle, peut lui donner.

En voyageant avec lui aux bords de la mer, ou dans les montagnes, en sus des enseignements géographiques et topographiques, elle lui apprendra, s'il est en âge, à observer les mœurs et les coutumes, à apprécier les gens et les choses; elle formera son jugement par les comparaisons et la vue des choses nouvelles.

Il est vrai que pour cela la mère doit avoir elle-même du discernement, cette qualité si rare et si précieuse; elle doit surtout se dévouer et penser au plaisir et au bien des autres, de préférence à son agrément personnel; mais il faut espérer que nous possédons encore parmi les femmes de France grand nombre de ce cas!

Les familles sont fortement émotionnées souvent par les concours: ce sont là de ces solennités importantes dans la période de la vie que l'on appelle la jeunesse. Que de gros chagrins, et aussi que de joie, selon que l'on reçoit la récompense ou la semonce justement méritée!

On est porté un peu trop souvent à accuser l'impartialité des professeurs; certes, c'est une bien grande déception pour celui qui a conscience de sa valeur, de se voir méconnu et préféré un rival moins digne! L'injustice est ce qu'il y a de plus cruel au monde pour un cœur droit et sincère.

Mais, bien souvent aussi, les enfants, et les parents encore davantage, sont aveuglés par l'orgueil, et se figurent lésés parce qu'ils ne s'aperçoivent pas de la valeur réelle de leurs concurrents, au lieu de puiser dans la préférence donnée un nouveau motif d'émulation.