Tous ne peuvent avoir les premiers prix, même tous les méritants, et s'il s'en trouve forcément parmi eux d'évincés; c'est une raison de plus pour ceux-là de s'efforcer de démontrer par l'avenir l'erreur qu'on a pu commettre en ne les plaçant pas au premier rang.
Les vacances sont pour beaucoup aussi, chaque année, la rentrée définitive dans la famille; l'instruction, appelée à tort l'éducation, est terminée… pour la partie indispensable à toute personne qui ne veut pas se distinguer des autres par une honteuse ignorance. Mais ce sont là deux appellations fausses. L'instruction n'est à proprement parler que commencée. Et, tandis que le jeune homme ne quitte les bancs du collège que pour s'adonner à des études plus sérieuses, soit qu'il fasse son droit, soit qu'il se dispose à entrer dans des écoles spéciales, soit encore qu'il se destine aux affaires commerciales, la jeune fille ne doit pas oublier que c'est bien à tort et doublement à tort que l'usage autorise à dire qu'elle a terminé son éducation; c'est là l'expression consacrée, mais qu'il faut avoir soin d'interpréter avec une signification tout autre que littérale.
C'est de son instruction et non de son éducation qu'il s'agit; cette dernière, qu'il ne faut pas confondre avec l'autre, peut être à peu près terminée, car l'enfant est élevé, est éduqué, mais l'instruction est bien loin d'être terminée.
C'est à elle, à elle seule qu'il appartient de compléter les deux, qui doivent faire d'elle une femme accomplie. Les moyens un peu obligatoires employés jusqu'alors, ne sont plus de mise; l'étude n'est plus par elle considérée comme un travail désagréable, mais comme un besoin nécessaire, un emploi utile de son temps; on lui a donné des éléments, on lui a ouvert la voie; c'est à elle à se perfectionner librement et sans y être forcée; elle est en âge d'en comprendre la nécessité.
Comme éducation, elle a aussi à se perfectionner dans les usages du monde, dans les obligations et les devoirs de la maîtresse de maison, de la mère de famille; il lui reste donc encore beaucoup à faire, beaucoup à apprendre sous d'autres formes, et dans d'autres branches peut-être; et sûrement elle n'a pas terminé… Ses vacances, qu'elle a cru en songe devoir être désormais perpétuelles, ont de quoi être bien employées, car c'est le véritable travail de la vie qui commence.
CHAPITRE XV
DE L'UTILITÉ DES VOYAGES POUR LA JEUNESSE.
J'ai quelque peine à me décider à résoudre cette question, parce que j'ai pour principe de ne jamais donner de ces conseils, bons seulement pour ceux qui ont de la fortune, et ne servant qu'à donner des regrets à ceux qui ne peuvent les suivre, parce qu'il leur en manque les moyens pécuniers, mais qui sont néanmoins susceptibles de les apprécier et de les envier.
Les voyages, il faut bien l'avouer, sont indispensables à former les hommes, à ouvrir l'intelligence, à permettre les comparaisons, à donner du jugement, à instruire, à enseigner.
Cependant, si les voyages lointains ont cette utilité, j'ajouterai que même le plus petit déplacement porte son fruit.