—Madame, je vous présente mes hommages… voulez-vous me permettre, à mes souhaits sincères, d'ajouter le sac traditionnel?

Et ça dure comme ça plusieurs heures. Les uns balbutient des phrases de l'incohérence desquelles on ne s'aperçoit pas, car la formule varie si peu, qu'on la devine dès le premier mot et qu'on ne laisse pas finir.

Cependant vers trois heures arrive le receveur; c'est un gros galantin de quarante ans aux allures conquérantes, qui cherche toujours à se distinguer et ne fait rien comme tout le monde. Il tient à passer pour un original; il a fait un mystérieux voyage la semaine dernière, et tout le monde est persuadé qu'il a acheté ses cadeaux à Paris! C'est du plus grand genre! Entre nous soit dit, il fait une cour assidue à Jeanne, qui l'a piqué un peu par un dédain à peine nuancé.

Il arrive les mains vides… c'est surprenant! il a dîné chez nous et pris le thé une vingtaine de fois!

Mais il jette des yeux étonnés sur tous les meubles et paraît en faire l'inspection; serait-il indiscret? Ses paroles sont entrecoupées, il répond d'un air distrait… qu'a-t-il? il ouvre la bouche et il la referme comme s'il voulait dire quelque chose.

Enfin, il paraît faire un effort comme quelqu'un qui va briser ses vaisseaux.

—Est-ce que ma petite boîte a eu le bonheur de vous plaire? dit-il à demi-voix à Jeanne.

—Votre boîte? s'écrie-t-elle en rougissant, se troublant et jetant des regards désespérés autour d'elle. Mais, je n'ai rien reçu de vous, on ne m'a rien remis de vous!

—Comment! vous n'avez rien reçu?… oh! quel désagrément! Voilà de ces choses qui n'arrivent qu'à moi!

Et le pauvre monsieur de se désoler.