M. le curé ne me rendra sa visite que demain, car, de même que les personnages officiels, il reçoit lui aussi.
Mon mari fait sa tournée en habit noir et en cravate blanche; une vraie corvée! s'inscrivant ou laissant un petit morceau de bristol glacé, sur lequel son nom est écrit, et qu'on a convenu d'appeler carte de visite, dans les rares maisons où il ne trouve personne.
Notre médecin et le colonel arrivent les premiers. Jeanne saute sans façon au cou du colonel pour le remercier. Un petit gland rouge sort de sa poche; c'est la blague de Jeanne qu'il porte sur son cœur! Le docteur est un peu gêné, car il n'a pas pensé qu'il fût nécessaire de nous donner des étrennes.
Mais voilà les jeunes de l'armée et de la magistrature qui font irruption; les mieux renseignés offrent en entrant un élégant sac de bonbons.
—Madame, vous permettez… cette année qui commence… mon modeste sac sera bien heureux que vous daigniez… balbutie-t-on.
—Monsieur… c'est bien aimable d'avoir pensé à nous, dis-je en venant au secours de l'arrivant.
—Mademoiselle, veuillez me permettre de déposer à vos pieds mon modeste tribut… avec mes souhaits de bonne santé…
—Oh! monsieur! vous êtes bien aimable…
—Que tous vos vœux soient exaucés, mademoiselle, dans cette année qui commence…
—Et qu'il y ait beaucoup de bals, que nous dansions beaucoup de cotillons, n'est-ce pas, monsieur?