—Bref, ma fille ne connaîtra jamais le plaisir d'être recherchée dans le monde et d'être admirée dans une loge de l'Opéra!

—Pourquoi?

—Vous êtes agaçante, ma bonne amie, avec vos pourquoi? Vous le savez bien! Il faut de la fortune et elle n'en aura pas!

—Dussé-je vous irriter encore, je vais répéter: pourquoi la fortune est-elle indispensable? et pourquoi d'ailleurs n'en aurait-elle pas?

La jeune femme me jeta un regard de courroux et de découragement.

—Ne vous fâchez pas contre moi, continuai-je toujours en souriant, car je ne pouvais m'empêcher de m'amuser un peu de lui tenir ce langage si nouveau pour elle. Mais si votre fille devenait une artiste, comme Mme Massart, professeur de piano au Conservatoire, ou Mme Mirbel, la célèbre miniaturiste, pu encore un écrivain comme Mme Guizot (je vous cite les premiers noms qui me viennent en tête, mais combien de femmes se font une position par leur talent: Mme Pape-Carpentier, Mme Deslignières et tant d'autres), n'acquerrait-elle pas une réputation, sinon de la fortune, qui la ferait rechercher, ou au moins améliorerait sa position?

La jeune femme me regardait comme si je lui eusse parlé grec.

—Mais pour cela, se décida-t-elle à dire, il faut du talent, du génie!

—Eh! bien, votre fillette n'est-elle pas aussi intelligente que bien d'autres?

—Certes! mais elle ne travaille pas!