—Enfin, vous convenez qu'elle a eu le bonheur immense d'avoir une jeunesse brillante, et de jouir des plaisirs du monde que procure une grande fortune!
—Oui! Elle a eu ce bonheur, puisque bonheur il y a, mais elle le gagnait, elle le méritait. Après être restée quatre heures devant son chevalet, de huit heures du matin à midi, après avoir pris ses leçons d'allemand, d'italien et d'accompagnement, avoir arrangé elle-même ses chapeaux et ses toilettes, contrôlé les domestiques, elle allait au Bois vers cinq heures avec sa mère, et deux ou trois soirées par semaine étaient consacrées au monde. Elle jouissait de tous ces plaisirs avec délices, mais comme on jouit du parfum d'un bouquet, momentanément.
—Mme X. est une femme du monde accomplie… une parfaite maîtresse de maison…
—Sa mère lui a enseigné autre chose encore, cependant, que vous ne soupçonnez pas: c'est l'énergie et le contentement de peu…
—Le contentement de peu? comment, puisqu'elle avait tout ce qu'elle pouvait désirer?
—A-t-on jamais tout ce qu'on peut désirer? Que vous êtes enfant de dire cela!
—Enfin, elle avait une voiture!
—Une voiture! Ignorez-vous que ceux qui ont une voiture voudraient en avoir deux, trois, quatre? Un coupé ne fait la plupart du temps que rendre très malheureuse une femme du monde, car elle ne rêve dès lors que le dorsay à huit ressorts.
—Je m'en contenterais bien, moi!
—Vous dites cela aujourd'hui parce que vous n'en avez pas… mais le luxe est comme la gangrène, il ne sait pas s'arrêter, et c'est là que le proverbe est vrai plus que jamais: l'appétit vient en mangeant.