Je m'arrêtai à Vicence, qui date sa fondation de 380 ans avant J.-C. Ses beaux palais, parmi lesquels on remarque celui des comtes Chieracati, ont pour la plupart été bâtis par le Palladio, et sont d'une élégance remarquable. La rotonde du marquis de Capra mérite aussi d'être citée. Elle est située sur une éminence, et Palladio en a fait un temple, aux quatre côtés duquel se trouvent quatre péristyles, ayant chacun six colonnes qui soutiennent un fronton. Au milieu est une salle ronde, entourée d'une galerie qui joint ces péristyles, dont les quatre points de vue sont admirablement diversifiés.
À la Madone del Monte, on plane sur de belles campagnes, enrichies des plus beaux arbres. Dans l'intérieur de cette église, on voit un magnifique tableau de Paul Véronèse; il est d'une si belle couleur, et peint avec une telle vérité, que les figures se détachent du fond. À Sainte-Corone, le Baptême de Jésus, par Jean Bellin, est parfait pour le dessin.
Le théâtre de Vicence est du style antique. C'est le chef-d'oeuvre du Palladio, qui l'a construit d'après les proportions et sur les dessins de Vitruve.
La traversée de la Brenta offre l'aspect le plus agréable. D'un côté, ses bords sont ornés d'une multitude de palais du style de Palladio, qui font l'effet de temples, et dont les formes grandioses se répètent dans les eaux.
Je suis allée dîner dans l'un de ces palais, chez le marquis ***; l'escalier même était d'un style qui me charma. Le propriétaire de cette belle habitation me fit une galanterie à laquelle j'étais loin de m'attendre; il me reçut dans une galerie où se trouvait posé, sur une table, une très grande quantité de gravures; une seule était placée sens dessus dessous sur toutes les autres; la curiosité me porta bien vite à la retourner, et je vis mon portrait que l'on venait de graver d'après celui que j'avais donné à Florence.
On voit encore à Vicence la maison du Palladio, qui est un modèle d'élégance et de simplicité.
Padoue est aussi situé sur les bords de la Brenta. Cette ville est bien ancienne, s'il faut en croire les habitans qui prétendent qu'elle a été bâtie par Antenor le Troyen. Le palais de justice ou l'hôtel-de-ville, est une des plus belles fabriques de l'Europe. Le salon a cent pas de long sur quarante de large; il est couvert de plomb, sans autre soutien que la muraille; on y voit les douze signes du zodiaque, et dans une niche, une Vierge qui a beaucoup de simplicité et de naturel.
On trouve aux Augustins des fresques de Montigni, dont les figures et tous les accessoires sont de la plus grande finesse. L'église Saint-Antoine, qui est de style gothique, renferme un nombre infini de tombeaux, de bas-reliefs, et tant de marbre travaillé qu'elle en est fatigante; mais les fresques de Gioto, qu'on y voit, sont très bien composées; l'attitude simple et l'expression des figures se rapprochent du style des anciens. La couleur est souvent celle du Titien, sans pourtant en avoir la perfection. En sortant du cloître, on remarque plusieurs tombeaux très anciens, dont les figures sont pleines de simplicité, et la statue équestre d'Érasme de Narni, général vénitien.
Dans l'église de Saint-Jean-Baptiste, on admire les Évangélistes dans le désert, un des plus beaux tableaux du Guide; à la cathédrale, dans la sacristie, une Vierge du Titien, bien conservée; à Saint-Jean, plusieurs fresques du Titien, représentant divers miracles. Les têtes, pleines d'expression, sont d'une belle couleur, et la touche, le ton du paysage et du ciel, sont admirables. Une autre fresque gothique est aussi très remarquable par la vérité des têtes et l'attitude des personnages.
Je passai toute une semaine à Vérone; c'est une grande ville, dont les rues sont spacieuses et bien alignées, et les maisons fort belles. J'allai voir d'abord les restes de l'amphithéâtre, qui a été bâti sous le règne d'Adrien, et que les Gaulois ont détruit; puis le dôme de l'église, qui est fort belle, et dans laquelle se trouve un tombeau antique, dont les ornemens sont du plus fin travail. Comme, en Italie, les églises sont ouvertes toute la journée, je fis ma tournée. J'entrai dans celle de Saint-Georges, où le maître-autel est décoré d'un beau tableau de Paul Veronèse, et d'un autre tableau de ce peintre, à droite en entrant. J'y vis aussi une Vierge et deux évêques de Chieralino, ainsi qu'un groupe d'anges; mais ce que je remarquai surtout du même maître, est un tableau de trois figures qui représente un concert; outre qu'il est peint avec le plus grand soin, les figures sont pleines de grâce et de naïveté.