Causer, jaser, en tout honneur,
Sans nulle expression badine.
Sans nul mot qui choque son coeur.

Le tuteur tient surtout à être présent.

Eh bien! soit, vous serez présent,
Mais vous ne nous entendrez pas,
Et vous vous tiendrez à dix pas.

Les choses bien convenues, l'heure prise, le tuteur est assez embarrassé de s'en expliquer avec sa pupille; il cherche d'abord à exciter son indignation, l'assure qu'il n'a consenti que pour punir ce jeune homme de sa présomption, et qu'il attend d'elle qu'elle lui témoignera son mépris en ne répondant pas un mot aux discours qu'il pourra lui tenir: d'ailleurs il sera présent et observera attentivement.

L'acte commence. Clémentine est placée près d'une table sur laquelle l'on voit une corbeille de fleurs; elle tient à sa main une rose. Le Florentin arrive, la salue profondément; il est paré de tout ce que le désir de plaire a pu lui suggérer de plus élégant. Le tuteur se place à dix pas, il tient à sa main une montre; Octavio remet la sienne à Fabio, et le quart-d'heure commence (je joins ici les paroles pour l'entente de la scène):

Pardonnez, ô belle Clémentine,
Le propos que je vais tenir,
Mais je n'ai qu'un instant à vous entretenir,
Et cet instant me détermine
À risquer sans détour l'objet de mon désir:
De vous dépend le bonheur de ma vie!
J'ai pour vous le plus tendre amour,
Et je désire, hélas! par un juste retour,
Voir votre main avec la mienne unie.
Répondez moi, je vous en prie?
Quoi! pas un mot, pas un seul mot! Dieu! quel silence!
Oh! ciel! que faut-il que je pense?
Serait-ce du mépris? Non, non. Que pourrait-ce être?

Clémentine tourne languissamment la tête vers son tuteur.

Ah! je le vois,
Votre tuteur vous fait la loi!
Il vous force, par sa présence.
À garder ce cruel silence.

[…]

Mais on peut tromper son adresse,
L'amour me donne le moyen
De briser l'indigne lien
Dont la contrainte à la fois blesse
L'amour et la délicatesse,
Mon honneur et votre sagesse.
Ah! à vous approuvez mon dessein,
Ouvrez ces doigts charmants, laissez tomber la rose
Que vous tenez à votre main.
Ce signal à l'instant dispose
De nos deux coeurs et fixe mon destin.
Tombez, tombez, rose charmante,
Tombez aux pieds de mon vainqueur,
Devenez l'organe du coeur,
Devenez pour nous éloquente;
Et que la plus charmante fleur,
De la beauté la plus charmante,
De la flamme la plus ardente,
Soit l'interprète, etc., etc.