Je me doutais si peu que ces cris s'adressaient à nous, que j'avançai la tête pour voir à qui l'on en voulait. Le propriétaire de la loge, s'apercevant que nous ne nous doutions de rien, vint pour nous prévenir de ce qui se passait. Qu'on juge de notre surprise! Le parterre regardait cette pantomime assez tranquillement, en voyant mon empressement à dénouer mon fichu; je leur montrai ensuite que ce n'était nullement une cocarde, et on applaudit à ma docilité. Lorsque je voulus détacher celui de lady Montaigue, les messieurs qui étaient avec nous m'arrêtèrent le bras pour s'y opposer; et parlèrent vivement à M. de Lermina. Alors les cris recommencèrent: «À bas! respect à la loi!» Cette dame arracha son fichu avec humeur. Nous sortîmes de la loge, et je crois qu'il était temps. Quelques mois plus tard, cette affaire eût pu devenir plus sérieuse.

Nous partîmes le soir même, et je ne fus plus tentée d'employer mes talents pour la coiffure, tant que je fus en voyage.

FIN DU TOME PREMIER.

NOTES

[1: M. Lemazurier, lorsqu'il fit imprimer ses Fastes de la Comédie-Française m'avait demandé quelques détails sur mon grand-père. Un trop prompt départ pour Londres m'empêcha de lui donner ces renseignements, et j'en ai eu depuis beaucoup de regret. J'eusse évite à M. Lemazurier les erreurs dans lesquelles il est tombé sans le vouloir. Le père de mon aïeul n'était point, comme le dit M. Lemazurier, dans les cent-suisses du roi; il était officier de bouche, et c'était une charge qui s'achetait. Mon aïeul se trouvait tellement honoré de la sienne, qu'il déshérita son fils pour avoir dérogé en prenant le parti du théâtre.]

[2: Le père de madame Saint-Huberty était frère de mademoiselle Clavel.]

[3: C'est cette circonstance [que j'aurais pu payer cher] qui me jeta dans l'illustre famille des Miromesnils.]

[4: Le prince Max, devenu roi de Bavière, était le souverain le meilleur et le plus populaire. Lorsqu'en 1831 je fus à Bade, pendant la saison des eaux, avec ma petite Nadèje, cette enfant excita, comme partout, un vit intérêt. Le roi de Bavière voulut la voir, et lorsqu'il apprit que j'étais la nièce de son ancien gouverneur, il m'envoya son chambellan pour me prier de venir au château avec mon intéressante élève. Il m'adressa les choses les plus obligeantes sur mon oncle, s'informant avec bienveillance de tout ce qui lui était arrivé «Je lui dois, dit-il au prince de Wissembourg qui se trouvait là, ce que je sais de mathématiques, mais il s'est souvent plaint de moi pour le reste. C'était un homme de mérite que votre oncle, madame, sévère; mais bon. Je regrette qu'il n'ait pas vécu assez long-temps pour que j'aie pu lui prouver que ce jeune fou de prince Max faisait un grand cas de lui. Mais dans ce malheureux temps nous étions tous dispersés.»]

[5: On veut toujours voir les grands hommes posés sur un piédestal, le général à la tête d'une armée, l'orateur à la tribune, l'auteur sur le théâtre. Voyons-les donc quelquefois en robe de chambre; dans leur intérieur. S'il n'y a pas un grand homme pour son valet de chambre, en est-il beaucoup pour sa femme?]

[6: Dans un ouvrage qui a paru il y a deux ans, voici comme on s'exprime sur cette femme intéressante, après avoir parlé long-temps de Talma: