Des cris de ces jeunes vipères
Que nos coeurs ne soient point émus;
Ces enfans vengeraient leurs pères,
Mais les morts ne se vengent plus.
L'auteur avait voulu faire allusion à ces mots de Barrère: «Il n'y a que les morts qui ne reviennent pas.»
J'étais encore à Bordeaux, lorsque le bruit des conquêtes du général
Bonaparte en Italie donnait un démenti formel à ce mauvais jeu de mots:
«Il reviendra sans gêne, et fera la paix dans mille ans.»
Mon mari faisait partie d'une administration qui allait en Italie; c'était peu de temps avant l'affaire de Viterbe. Comme madame Bonaparte devait rejoindre le général à Milan, madame Talma et son mari donnèrent à Fusil des lettres où ils le recommandèrent auprès d'elle.
Les routes d'Italie étaient alors fort dangereuses; les barbets, troupe de pillards, y assassinaient journellement, arrêtaient les convois et commettaient toute sorte de désordres.
On sait que M. Méchin, sa femme, ainsi que ceux qui les accompagnaient, furent renfermés dans Viterbe, et ne durent leur salut qu'à l'évêque: sans lui, ils eussent été massacrés.
Ce fut par une lettre de madame Talma que j'appris tous ces détails.
«Ton mari, me disait-elle, ainsi que ses camarades, ont été dépouillés et maltraités par les barbets; ils ont voulu se faire recevoir dans une ambulance, mais on n'a admis que ceux qui, ne pouvant plus marcher, étaient hors d'état de se soutenir: on n'a pas voulu recevoir les autres. Le pauvre Fusil, qui était de ce nombre, s'est traîné comme il a pu le long de la lisière d'un bois, sur la grande route, afin d'éviter les partisans et dans l'espoir qu'il pourrait rencontrer quelqu'équipage allant à Milan; mais, épuisé de fatigue et ne se sentant plus la force de marcher, il allait succomber, lorsque le ciel prit pitié de lui, et lui envoya un secours inespéré. Il était depuis quelque temps sur la grande route, lorsqu'il vit à travers un nuage de poussière plusieurs voitures escortées par des militaires. Ne doutant pas que ce ne fussent des Français, il pensa qu'il pourrait obtenir quelque secours et demanda à un soldat quels étaient les personnes qui venaient de ce côté:
«Camarade, lui dit le soldat, ce sont les équipages de la femme du général en chef.